Memento est un labyrinthe de mémoire brisée, un rêve fragmenté où chaque instant s'efface comme l'écume sur le sable. C'est le sentiment que laisse chaque scène, une fois achevée. Ce Nolan est une danse délicate entre le passé et le présent, où les souvenirs deviennent des énigmes, et la réalité, un puzzle à jamais incomplet.
Leonard, ou "Lenny", prisonnier d'un temps éclaté, qui lui est impossible de situer, navigue à tâtons dans un monde sans ancre, sa quête de vérité se décompose en une spirale obsédante de mensonges et d'illusions.
Les images se chevauchent, inversent leur cours, nous entraînant dans une dérive hypnotique où le début n'est plus qu'une fin déguisée.
Memento n'est pas seulement un film, mais une expérience. Un poème noir où chaque scène est un vers d'une chanson dont on ne se souvient plus. C'est une œuvre qui nous rappelle la fragilité de la mémoire, cet écho lointain qui, à tout moment, peut s'évanouir, nous laissant seuls face au vide.
Dès 1996, on comprend que Nolan deviendra un de nos grands contemporains.