Il est toujours difficile de transposer un roman au cinéma.
Certains réalisateurs y parviennent cependant, comme Jean-Jacques Annaud avec L’amant de Marguerite Duras ou François Ozon avec L’étranger de Camus . Et c’est d’autant plus difficile lorsque le romancier ou la romancière a un style qui lui est propre comme Marguerite Duras ou Albert Camus ou, en l’occurrence, Annie Ernaux.
« Mémoire de fille » (2016) est en effet une adaptation du roman éponyme d’Annie Ernaux
Celle-ci y raconte son expérience de monitrice de colonie de vacances, en 1958, l’année de ses 17 ans, l’année de sa découverte de la vie en monde clos, celui de la colonie, des relations entre hommes et femmes et entre femmes ; et, surtout, de sa découverte de la sexualité, plus ou moins consentie mais plutôt moins, dans les bras du moniteur chef. Ou, plutôt, elle fait revivre cette expérience initiatique à son héroïne, qui n’est plus elle et que, soixante ans après, elle questionne, elle interroge.
Ce qui est un exercice littéraire poignant devient au cinéma, sous la direction de Judith Godrèche, une histoire de déniaisage social et sexuel racontée de façon trop linéaire et émaillée d’anachronismes plus ou moins bienvenus (le monde de 1958 est bien différent de celui de l’après-MeToo).
Au fond, il est sans doute préférable de ne pas avoir lu le livre d’Annie Ernaux pour apprécier ce film ; par ailleurs bien interprété par une pléiade de jeunes acteurs, dont la nepo baby Tess Barthélémy qui joue le rôle principal et s’avère très émouvante.