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De Bangkok à Bogotá, de la jungle thaïlandaise à la colombienne, le cinéma de Apichatpong Weerasethakul ne s'explique toujours pas, il se ressent, ou pas. Avec Memoria, le cinéaste a changé de continent et il a même engagé deux "stars", Tilda Swinton et Jeanne Balibar, mais il œuvre toujours dans un registre somnambulique et hypnotisant qui éveille les sens des uns et endort profondément les autres. L'héroïne de Memoria entend à intervalles irréguliers un Bang qui la perturbe, comme d'autres, plus prosaïquement, ont des acouphènes. C'est sa quête pour découvrir la raison de ce dérèglement auditif que nous conte Weerasethakul, mais à sa manière évidemment, au bout de plans fixes interminables et de dialogues plus ou moins opaques. Tout ceci est assez fascinant, à condition de débrancher nos réflexes habituels de spectateurs, comme pour une expérience sensorielle renouvelée. C'est encore plus vrai quand le cinéaste quitte l'ambiance urbaine pour se fondre dans la nature où l'aventure métaphysique peut prendre son envol et dépasser les frontières de l'entendement et de la conscience. Dans cet univers, sans en faire beaucoup, Tilda Swinton semble parfaitement à l'aise, comme pourrait l'être une Isabelle Huppert, par exemple. Disons que si le réalisateur thaïlandais passait par l'Europe pour un prochain voyage initiatique, elle ne déparerait pas dans le paysage.
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Créée
le 17 nov. 2021
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