Si le morceau de Procol Harum « A whiter shade of pale » est débordant d’émotions c’est qu’il est comme le creuset où vient se nicher une mémoire perdue ou travestie. Qui sait, son écoute répétée pourrait avoir des verrues libératrices permettant au personnages d’accommoder le passé et le présent comme on accommode sa vue, sa vie ? En dehors de cet épanchement musical bouleversant, les 2 personnages principaux du film sont dans la retenue, dans la pudeur propre au sentiment d’incertitude, au doute. Dans l’attente aussi, celle qui guette le moment où la mémoire perdue ou prêtée, selon la perspective propre à chaque personnage, viendra revisiter le présent, les mettant à nouveau à l’épreuve du sentiment, les sommant à se ressaisir dans cet interstice fragile que leur réserve la vie, avec cette conscience que le peu qu’il pourront en retirer sera bon à prendre, et gagnera de ce fait en intensité.