Sans avoir nourri d'attentes particulières et sans non plus dénigrer tout ce qui est dit dans "Memory: The Origins Of Alien", je pensais que le docu sur la genèse du grand film de SF horrifique ayant marqué son époque (et les suivantes) irait beaucoup plus loin dans l'analyse. Si l'on enlève tout ce qui a trait soit au déballage de banalités déjà entendues mille fois soit aux interprétations farfelues bien au-delà du raisonnable, il ne reste pas grand-chose, à vrai dire pas grand-chose d'autre que le simple plaisir d'avoir remis les pieds dans l'univers du Nostromo et d'avoir reposé les yeux sur quelques images du film.
Même le travail sur la contextualisation pure et dure m'est apparue comme légère, en se contentant d'assez peu — le premier film de Carpenter, "Dark Star", présenté à juste titre comme la version comique (et sans le sou) d'"Alien", co-écrit et interprété par Dan O'Bannon, quelques éléments propres au cinéma de David Cronenberg pour le body horror évidemment, un peu de culture égyptienne et de mythologie grecque... C'est pas fou. Les seules choses que j'ai bien aimées, c'est l'exploration des liens avec l'œuvre de Francis Bacon et les écrits de Lovecraft, références que j'avais un peu zappées. Idem, tout ce qui touche à la science des parasites et l'observation des insectes comme les sauterelles ne m'a pas paru transcendant.
J'aurais bien aimé voir davantage creusés les liens entre O'Bannon et le plasticien H. R. Giger (auteur des décors), voire même ceux avec Ridley Scott (étonnamment peu abordés). Certaines lectures avancent de manière un peu trop sûres et péremptoires pour être valides (male rape de John Hurt, misogynie du robot Ian Holm, thématique des blue collar workers). Là où Alexandre O. Philippe me paraît le plus pertinent, c'est dans la vision du film (comme tous les films) en tant qu'objet à la croisée d'une multitude d'influences, à une époque donnée, et non comme le seul fruit du travail d'une équipe d'artistes et de techniciens. J'ignorais aussi l'existence d'un premier script de 30 pages écrit par O'Bannon, donnant le titre à ce docu, "Memory". Tout converge un peu trop à mon goût vers la scène du chestburster, et en plus la chose n'est pas plus détaillée que ça.