Il me restait un film d’Alex Garland, celui-ci. Il faut dire que la Tite Fleur a été difficile à convaincre. Touche à tout, Garland abandonne la SF pour un slasher aussi politique que surprenant.


Harper a été touchée par une séparation qui s’est mal passée. Pour reprendre pied, elle part se ressourcer dans une grande maison louée dans la verte campagne anglaise. Sur place, les indigènes sont fort peu accueillants.


Le cadre est idyllique si on aime le bocage verdoyant et la maison à l’ancienne, le thé sur ce canapé, les balades en forêt. Tout respire la plénitude. Peu de voisins, c’est gage de tranquillité. De solitude aussi. Ça tombe bien, comme dit l’adage, il vaut mieux être seul que mal accompagné. Pas une femme dans le secteur. Harper ne croisera que des messieurs et chacun représentera une forme de menace. Elle n’est pas paranoïaque, ne vit pas dans un « sentiment d’insécurité ». Chacun des types lui voudra du mal. Au centre de ce harem inversé, une sorte de faune ou de satyre inquiétant et mutique. Un homme primitif, à l’état naturel ? Peut-être. Celui-ci s’impose à Harper et lui impose sa nudité non désirée ou consentie. Si c’est l’homme premier, c’est alors celui qui donnera naissance à tous les autres. Adam, le premier misogyne. Au fur et à mesure des différentes générations, c’est la violence qui va l’emporter, sexuelle, physique, psychologique. On sent cette haine à l’encontre de Harper, celle qui a croqué la pomme en arrivant dans la maison. Elle est dès lors responsable de tout et surtout de la violence qu’elle subit. Pauvres petites victimes, ces hommes successifs lui reprocheront de les hypnotiser par son « origine du monde », comme une origine du mal. Le point d’origine du mâle qu’il n’a jamais voulu quitter.

On admettra que tout ça a de quoi surprendre, d’autant qu’on aurait davantage vu ce propos et ces images dans le nouveau courant d’horreur à la française que chez Garland. On pense forcément à Julia Ducournau, à Coralie Fargeat, à Claire Denis pourquoi pas. Mais aussi à Bertrand Mandico et à David Cronenberg. De bien belles références en somme. Et en effet, tout ça ne laisse pas indifférent, la partie thriller en forme de slasher est très réussie et donne assez bien les chocottes et l’explosion des bizarreries offre une belle relecture du film. A l’interprétation, j’aime beaucoup cette Jessie Buckley que je ne connaissais pas et Rory Kinnear, magique d’ambiguïté. La mise en scène est tout à fait à propos et la musique signée Geoff Barrow accompagne parfaitement ce festival de névroses.


Conclusion, voici une véritable surprise ! Jamais vraiment agréable, le film sait manier les symboles autant que la grammaire du thriller psychologique. Pas sûr que ce soit un bon moment mais c’est assurément un film qui continue à vivre une fois terminé le générique.


>>> La scène qu’on retiendra ? Le tunnel. Quand la menace est là, à peine identifiable, gratuite. La peur est le fait de celui qui la ressent et non de celui qui la provoque.

Konika0
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le 25 août 2026

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