Raymond Leboursier a tout fait dans ce film, même une chanson ; mais il a tout mal fait.
Déjà, il met la moitié du film à entrer dans le vif du sujet (et le synopsis publié ici en dit trop). Un pianiste de bar séduit en un regard la maitresse de l'atrabilaire Bernier (Pierre Renoir tout en mauvaise humeur grimaçante) et, pendant longtemps, il ne se passe plus grand chose en dehors des manifestations d'animosité entre les deux hommes.
Leboursier a dû écrire son scénario en pensant aux séries noires américaines, aux polars où les impondérables et la fatalité menacent le héros sinon l'accablent. Son sujet, hélas pour lui, subit la comparaison de plein fouet, faute d'une quelconque qualité dans tous les domaines. Le héros, précisément, est joué par Jean Martinelli, dont la physionomie invariablement grave et renfrognée, le regard dans le lointain, alourdissent sa composition, qui en dévient difficilement supportable.
Le film souffre par ailleurs d'une écriture laborieuse, à cause de laquelle la plupart des personnages sont creux, c'est-à-dire à peine ébauchés (merci quand même au cinéaste de confier des rôles, même insignifiants, aux vénérables Jeanne Fusier-Gir et Pauline Carton, Pierre Larquey, en concierge, s'en tirant un peu mieux). Les dialogues sont faibles et ça se remarque encore davantage dans les scènes complètement inutiles, qui meublent manifestement. Il manque tout à ce polar : du style, de l'intensité, du contenu...