Remarquable et ambitieuse peinture d'un destin individuel dans le flot destructeur de l'Histoire, "Mephisto" raconte l'histoire tragique d'un homme qui vit sa vie derrière des masques, de peur de ne pas avoir de visage. C'est surtout un film qui se maintient brillamment sur le fil, entre lucidité (tout condamne le trajet égoïste et destructeur de l’histrion...) et compassion (... mais qui peut lui jeter la première pierre ? Qui n'aurait pas succombé à cette débauche de pouvoir et de décorum ?). En cela, Szabó livre une chronique du nazisme ordinaire qui tranche singulièrement avec celle des films de guerre ou les dénonciations simplistes, et donc un film important. Seul bémol, le jeu de Klaus Maria Brandauer, qui succombe occasionnellement au cabotinage... même s'il reste totalement dans le sujet du film ! [Critique écrite en 1981]