"Merci Patron !" fit parler de lui à sa sortie. Plus de 500 000 entrées pour un documentaire à bas budget. Un accueil critique favorable. Et des débats enclenchés qui lanceront le mouvement Nuit Debout, cette occupation au printemps 2016 de places dans les villes de France par des assemblées.
Si on revient à l'objet filmique, qu'en est-il ? François Ruffin, alors journaliste, se lance dans une croisade contre Bernard Arnault, big boss de LVMH et symbole des super riches et du patronat. Ruffin va aller interroger des ex-ouvriers du Nord pour voir comment Bernard Arnault a bouleversé leur vie en les mettant au chômage.
J'avoue avoir pris peur au début. La forme est très simple, digne d'un reportage TV ou d'une émission youtube. Les analyses de fond limitées, cette seule tentative de lier l'explosion du chiffre d'affaire de LVMH et l'augmentation des repas de resto du coeur tenant du militantisme de bas-étage. Les seules infos un peu factuelles proviendront... d'extraits de reportages France 2 !
Et puis il y a cette idée de personnifier tous les problèmes des ex-employés à travers la figure de Bernard Arnault, l'ennemi des pauvres. Cela tient plus de l'action politique que de l'investigation, mais soit, c'est assumé.
En réalité, François Ruffin cherche à singer Michael Moore. On trouve beaucoup de similitudes avec le documentaire "Roger & Me", dans lequel Moore cherchait à rencontrer le PDG de General Motors. Ruffin va même jusqu'à jouer le faux naïf pour piéger ses interlocuteurs, la technique fétiche employée par Michael Moore au début de sa carrière.
Néanmoins, il y a deux choses vraiment intéressantes dans "Merci Patron !". Dans la première partie, François Ruffin joue le (faux) défenseur de Bernard Arnault devant des ex-salariés licenciés. Un procédé amusant, qui les fait évidemment réagir, et qui provoque quelques décalages humoristiques réussis.
Ensuite, le documentaire se centrera sur une famille mise sur la paille par son licenciement. François Ruffin tentera de leur arranger le coup avec des opérations ubuesques qui tiennent du film d'espionnage, où la réalité dépasse la fiction.
A noter qu'à l'époque, François Ruffin fut accusé de se lancer en politique pour promouvoir son documentaire. Rétrospectivement c'est peut-être l'inverse que l'on peut se dire : le documentaire a offert une bonne publicité au politicien... et à son journal Fakir, allègrement cité !