Comme disait Pierre Desproges : « On peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui ». D’où la nécessité de choisir sa niche, son public, son clan. Comme ça on ne prend pas de risque, on se fâche avec personne. Et d’où la nécessité d’être politiquement correct avec un peu tout le monde, vu qu’on est à l’heure du consensus mou. Et Dieudonné est soit bête, soit très intelligent, parce qu’il fait exactement le contraire point par point. Il occupe un vide difficile à combler tellement le terrain est glissant. La provoc à la Coluche, l’absurde à la Desproges, la street crédibilty hérité de la génération Hip Hop, le jeu d’acteur précis comme réglé sur du papier à musique. Faut pas chercher de cible, tout le monde en prend pour son grade. Blancs, noirs, jaunes, violets, juifs, arabes, Dieu le père, les parents, les enfants, les petits et les gros bourgeois, même son ancêtre, il le taille Dieudo ! Un tel manque de respect est salutaire de nos jours. Et c’est bien écrit, référencé, actualisé, réfléchit comme cette savoureuse digression en forme d’Hommage à Nougaro (surprenant), qui nous rappelle qu’il est très bon acteur et mélomane aussi.
Politique, dérangeant, une fausse naïveté qui en dit long sur notre supposée liberté d’expression, un jusqu’au boutisme aveugle, il est libre comme un coup de pied au cul. Alors a-t’on le droit de tout dire, de tout rire ? La réponse est oui, et non, peut-être, ça dépend. Pour Dieudo, si la chute est bonne, et le public est plié en quatre, la réponse est oui. Moi je dis oui aussi, car il n’est que l'héritier d’une longue tradition de gauloiserie à la française, qui n’a jamais eut peur des jeux de mots lourds et douteux, (Le Luron, Bedos, Gerra et j’en passe, Baffie et les autres), et du jeu de la provocation au-dessus, ou au-dessous de la ceinture, qui n’a jamais choqué que ceux qui veulent bien être choqués, tradition oblige. Comme quoi les temps ont bien changés. De nos jours certains sketches de Coluche ou Bedos ne passeraient pas du tout, plus du tout. Il a un faible pour titiller les puissants, Dieudo, ou ceux qu’il considère comme tel, mais de nos jours, même sur une scène de théâtre, la censure veille au grain.