En fait, mis à part la reprise du cliché du "Informatique = Magie" des années 80 et son surf la vague des films sur le satanisme avec son air hybride entre "La Malédiction" (The Omen, 1976) et "Effroi" (Fear No Evil, janvier 1981), et bien ... "Messe noire" (Evilspeak) est assez audacieux en fait !
Bien entendu, la grosse partie des effets spéciaux semble être allé dans les animations informatiques pour Esteban.exe le logiciel de Satan dans son ordinateur magique (lol) ! et ses injonctions rituelles comme :
Du sang humain
Je reviendrais !
"Messe noire" est à contrepieds toutefois de "La Malédiction" car au lieu d'antagonistes satanistes qui triomphent mais sont bien montrés comme les méchants, l'autre film de 1981 montre les satanistes comme les gentils qui se vengent de méchants chrétiens riches méprisants dans une école militaire. Tout est fait pour justifier ça : le héros (Stanley Coopersmith alias Clint Howard, plus connu dans des rôles moindres comme dans "Ticks" (1993), "The Ice Cream Man" ou "Northstar, la légende de Ken le survivant") est un intello un peu gros et souffre-douleur de ses camarades et professeur.
Tout le monde est injustement cruel avec lui, juste parce qu'il est nul en sport, pauvre et orphelin. Dans une école militaire qui favorise la réussite également sportive et les bonnes familles, Stanley est traité en paria. Bubba et sa bande de gosses de riches le maltraite, et même le Colonel et les profs le méprisent pour ses origines et ne le jugent qu'aux apparences (ils voient pas qu'il est martyrisé, s'en moquent ou en profitent). Seul le cuisinier est sympa avec lui, lui donne un petit chiot et voit que cette école militaire est pourrie.
Un jour, ça va trop loin :
Bubba et sa bande, après l'humiliation de trop, tue son chiot car ils étaient bourrés et plus sadiques que d'habitude. Stanley invoque donc l'esprit d'un moine sataniste du 16e siècle : Esteban, un Espagnol exilé en Amérique du Nord et enterré avec sa bibliothèque et ses artefacts sous l'académie militaire de West Andover.
C'est donc pendant la messe du soir que Stanley/Esteban tue d'abord le Révérend, cet hypocrite qui parle d'être bon quand il fermait les yeux sur ses malheurs, puis fait dévorer la bande à Bubba par des porcs et décapite son prof de sport et ce connard de Colonel. Et Bubba le sale gosse de riche finit le cœur arraché par un mort-vivant !
On est donc aussi à contrepieds de "Effroi" puisque les sbires de Satan gagnent à la fin même après avoir vengés les leurs et leur chien contre leurs persécuteurs. Limite, on pourrait qualifier ainsi le film de "sataniste" alors que l'équipe créative voulait probablement juste dénoncer l'hypocrisie de pseudo-chrétiens aux États-Unis (qui se disent bons et purs mais persécutent les autres pour des broutilles) voire juste le principe même d'école militaire (religieuse).
Peut-être que le film voulait-il se moquer des vagues anti-technologie et anti-geeks qui voyaient dans l'ordinateur (ou les jeux de rôle comme dans "Les monstres du labyrinthe" et les "Chick Tracts") une sorte de "passerelle vers Satan", qui sait ?
Toujours est-il que "Messe noire" reste une référence, mais qu'il faudra plusieurs films pour réhabiliter aussi l'informatique. Domaine d'activité qui est d'ailleurs encore associé à la magie (noire comme blanche) dans "La Belle et l'Ordinateur" (Electric Dreams, 1984) et "Une créature de rêve" (Weird Science, 1986).