Au début des années 1960, la Hammer ne se résumait pas à Dracula, Frankenstein ou aux créatures fantastiques qui ont forgé sa réputation. Le studio britannique produisait également une série de thrillers psychologiques et de machination dont Meurtre par procuration constitue un exemple représentatif. Écrit par Jimmy Sangster, artisan essentiel des plus grandes réussites de la firme, le film repose sur une mécanique narrative solide et une intrigue construite avec savoir-faire. L'histoire se développe en deux temps bien distincts, autour de deux cibles successives, selon un principe de manipulation qui constitue le véritable moteur du récit. Sangster démontre une nouvelle fois son habileté à bâtir des scénarios fondés sur le doute, les faux-semblants et les retournements de situation. Sans chercher à révolutionner le genre, il parvient à maintenir un intérêt constant grâce à une progression méthodique et une écriture rigoureuse.
La réalisation, discrète mais efficace, sert parfaitement cette histoire de manipulation. L'élégance britannique qui caractérise nombre de productions Hammer de cette période est bien présente, tout comme cette capacité à installer une tension sans avoir recours aux effets spectaculaires. Le film privilégie les situations, les personnages et les rapports de force plutôt que l'action pure, ce qui lui confère un charme certain. Pour autant, Meurtre par procuration ne parvient jamais totalement à transcender son statut d'exercice de style. Si l'intrigue demeure agréable à suivre, elle peine parfois à susciter une véritable passion. Certains développements apparaissent prévisibles et l'ensemble manque d'un supplément d'audace ou de noirceur qui lui aurait permis de marquer davantage les esprits. La mécanique fonctionne, mais elle ne surprend pas toujours.
Reste un thriller parfaitement maîtrisé, porté par un scénario intelligent et une atmosphère typiquement britannique. Sans figurer parmi les sommets du studio, il témoigne du professionnalisme de la Hammer dans un registre éloigné du fantastique qui a fait sa gloire. Un film plaisant, bien construit et toujours agréable à regarder plus de soixante ans après sa sortie, même s'il ne laisse pas un souvenir impérissable.