Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

Dire que le biopic sur Michael Jackson était attendu sonne à la fois comme un doux euphémisme et comme une affirmation un brin exagéré, tant l'aura d'un tel artiste paraît disproportionné face à l'accumulation de biopics musicaux ces dernières années, pouvant lasser le cinéphile moyen un tant soit peu exigeant. Même en ayant une idée globale sur ce que réserve un tel spectacle rien qu'à la vue de sa promotion, l'attention finit par prendre le dessus, voire une certaine forme de curiosité malsaine quand celle-ci naît des échos sur les choix de narration et des éléments biographiques délibérément occultés.


Ce qui frappe à première vue dans Michael, c'est l'aspect ultra condensé de la narration ; les situations s'enchaînent trop vite, se répondent finalement peu et certains personnages n'ont même aucun développement (notamment l'avocat John Branca, interprété par Miles Teller) ! Le propre d'un (bon) biopic réside dans la manière dont on nous montre un artiste se fondre dans la masse, ce qu'il a apporté à un genre musical ou à un mouvement artistique précis, comment ses faits et gestes font écho à son époque. Il y avait de quoi faire avec Jackson, mais à ce niveau, le regard critique est absent. En cela, découle naturellement l'aspect ultra hagiographique du film - famille de MJ à la production oblige -, et surtout, un manque d'enjeux flagrant. Peu importe d'où l'on vient (il n'y a que les imbéciles qui ne ressentent de l'authentification qu'après de leurs semblables, dit-on), nous savourons toujours mieux un film lorsque celui-ci met en scène des personnages en galère ; on se réjouit finalement moins de l'issue finale qu'à la vue de tout le mécanisme en marche pour y arriver. Avec un destin aussi silencieusement tourmenté que celui de MJ, il est dommage de voir édulcorés à ce point, pour ne citer qu'eux, la relation qu'il entretint avec son père Joseph Jackson, archétype du businessman intéressé et sans amour dont le relief est éteint (à titre de comparaison, le téléfilm de 2001 Michael Jackson : Du rêve à la réalité m'avait paru bien plus pertinent et développé), et la publication de Thriller, qui aboutit en un claquement de doigts et dont l'enregistrement nous est montré comme étant sans embûches.


Le film se rattrape heureusement sur son rythme, suffisamment calibré pour retenir l'attention, bien qu'il prêche en occultant des aspects biographiques pourtant intéressants et mettant en lumière toute la substance du mythe. Les reproductions des scènes live et des clips vidéo sont globalement réussies, tout comme le travail sur les costumes et le maquillage qui évitent de sombrer dans le mime. J'aime MJ, comme à peu près tout le monde ; je parle bien de l'artiste, évidemment, plus que le personnage, aussi fascinant soit-il, ce dont il est accusé me dégoûte. À vrai dire, ce film ce propose aucun véritable point de vue sur qui était le bonhomme, si ce n'est celui né du consensus. À trop puiser dans la mémoire collective, le résultat est joli mais sonne un peu vide. Les musiques, elles aussi définitivement rentrées dans la mémoire collectives à juste titre, fuses pour notre plus grand plaisir mais on reste sur notre faim. Pour une fois, l'idée d'une suite s'impose.

Créée

le 23 mai 2026

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9
8

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