Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

Attendu de longue date, repoussé, retourné, remonté, le biopic sur Michael Jackson était autant incontournable qu’il fut laborieux à mettre en œuvre. Dans le catalogue interminable des incarnations de stars de la musique à l’écran qu’Hollywood essorera jusqu’à ce que le public cesse de les honorer au box-office, ce volet était bien entendu fort complexe, tant la personnalité de cet artiste total recèle de zones d’ombres dont on ne sait que faire au moment de le mettre en lumière.

La meilleure des solutions est donc, bien entendu, la pire : un projet « officiel » financé et verrouillé par les ayants droits, qui veilleront à une hagiographie lissée au possible. La présence de Graham King à la production, responsable de Bohemian Rhapsody, confirmait toutes les craintes possibles. Mais la comparaison avec cet étalon mètre de l’étron en matière de biopic musical se fait finalement à la faveur de Michael, qui reste presque comestible : moins d’excès de CGI, moins d’effets de manches et drama superfétatoire.


Qu’on se rassure, le film reste aussi mauvais qu’il était condamné à l’être : l’artiste est un ravi de la crèche fragile, souriant et apeuré face à son père, visitant les enfants malades (sans les toucher) et parlant aux animaux, tandis que les contre-champs capturent l’extase d’un public qui se pâme. Le récit se cantonne à cette sempiternelle restitution linéaire d’un succès croissant, sans presque jamais s’interroger sur les raisons d’un tel engouement : ce que cette musique dit de l’époque, les ruptures qu’elle impose, la question noire, l’hybridation entre les styles.


C’est d’autant plus frustrant que le matériau à disposition est impressionnant, et que les interprètes sont extrêmement convaincants, que ce soit la version enfantine ou adulte de Michael Jackson, interprété par son neveu Jafar. On le sait, l’enjeu principal de ces biopics réside dans l’incarnation et le mimétisme, jugé lors des reconstitutions de clips ou de performance live. Et c’est là la grande qualité du film que de voir à l’œuvre cette énergie et l’émergence d’une danse unique dans l’histoire de la pop, au point que tout ce qui entoure ces séquences, qui prennent de plus en plus d’ampleur sur le dernier tiers du film, n’est qu’un remplissage mélo dispensable. S’il est plutôt agréable de voir défiler sur grand écran les tubes atemporels de l’artiste, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’aurait été un film qui s’intéresse à autre chose que la cérémonie d’hommage, pour aller au cœur du processus créatif, et faire de la musique le véritable sujet. Certains y sont parvenus récemment, en sondant les inspirations et éclairs de génie d’un Dylan (Un parfait inconnu de Mangold) ou de Springsteen (Deliver me from nowhere de Scott Cooper). On aurait pu comprendre l’histoire qui motive les paroles de Billie Jean, la naissance d’un geste obscène devenu culte, les samples polémiques et toutes les couches nécessaires à la création d’un tube universel. Mais c’est évidement une utopie dans ce Neverland où l’aseptisation huilera toujours les rouages de la machine à cash.


Sergent_Pepper
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il y a 6 jours

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