Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

En 2007 sortait sur les écrans un biopic fictif, "Walk Hard: The Dewey Cox Story", une parodie du genre qui s'amusait des codes de celui-ci plutôt que chercher à retracer un parcours humain et artistique. Des personnages-fonctions (un père castrateur, par exemple), la structure narratif éclatée (traumatisme fondateur, succès fulgurant, déchéance, rédemption, ...), un sérieux excessif : bref des codes interchangeables qui ne disent finalement pas grand-chose de leur sujet.

Le film arrivait après une longue période — entamée dès les années 80, amplifiée dans les 90, et culminant jusqu’au milieu des années 2000 — durant laquelle Hollywood avait saturé les salles de biopics musicaux. Le film de Jake Kasdan, porté par John C. Reilly, faisait alors figure de point final : le genre avait été surexploité au point de devenir parfaitement identifiable par le tout‑venant. Avant que d’autres propositions, plus ambitieuses dans leurs intentions, ne viennent le questionner ("Control" de Anton Corbijn ou "I’m Not There" de Todd Haynes, sortis eux aussi en 2007) et enterrent le genre sans pour autant le faire disparaître. Il y en aura simplement moins… jusqu’en 2018 et l’arrivée de l’infâme "Bohemian Rhapsody", qui relancera complétement la machine.

Pas loin de taper le milliard au box-office, ce biopic consacré au groupe Queen et de son chanteur Freddie Mercury, signé par Bryan Singer avant que celui-ci ne soit remplacé par Dexter Fletcher à la suite de son renvoi, agit comme un signal pour l'industrie. Aveuglé par les dollars engendrés, Hollywood nous offre depuis, chaque année, un voir plusieurs de ces biopics sans identité dont l'unique objectif est de rameuter le grand-public à coups de noms ayant déchaîné les foules et laissé une empreinte dans le monde de la musique. Dans une industrie plus que jamais guidée par une logique de rentabilité, guère étonnant de voir débarquer en 2026 un film retraçant le parcours de ce qui est sans doute la plus grosse star de l'Histoire : le "King of Pop", Michael Jackson évidemment.


Qu'en est-il de ce "Michael" alors ? Sans surprise, pas grand-chose. Le portrait peu flatteur que je dresse du biopic musical depuis le début de ce texte s'applique pleinement ici et même de façon plus tragique encore, car toute controverse extra-artistique mise de côté, Michael Jackson est certainement l'artiste musical le plus visuel qu'il nous ait été donné de voir. Cela tient de l'ordre de la magie : un charisme naturel et un don hors-du-commun lui conférant une aura presque surnaturelle. Ce que l'on ne ressent à aucun moment dans le film de Antoine Fuqua.

Pas déplaisant à suivre, "Michael" laisse malgré tout totalement indifférent, la faute à un manque criant de relief. Le réalisateur de "Training Day" signe ici son 17ᵉ film, mais qu'il s'agisse de lui ou d'un autre, le résultat aurait été le même. S'il y a bien quelques intentions perceptibles dans certaines séquences, l'ensemble s'avère d'une telle platitude qu'il ne suscite qu'un ennui poli. Plus grave encore, le film ne parvient même pas à faire taper du pied ou bouger la tête, un comble.


Pas besoin d'entrer dans les détails, si vous avez vu "Bohemian Rhapsody" ou "Back to Black" (le biopic de Sam Taylor-Johnson consacré à Amy Winehouse), vous avez vu "Michael". On est revenu à cette mode des codes usés où le nom sur l'affiche est parfaitement interchangeable. À ceci près qu'on y ajoute un supplément "produit par la famille" —John Branca, son manager et avocat —, ce qui laisse encore moins de place à la moindre aspérité. M.J. y ressort avec une image d'être pur, n'ayant fait QUE le bien, comme s'il appartenait bel et bien à autre monde, le versant humain étant relégué au second plan malgré l'excès de sentimentalisme. Sans effet, car finalement on ne s'intéressera ici qu'à son statut de faiseur de hit et d'argent.


Un mot positif tout de même : le casting est étonnamment dans la réserve. Aucune recherche de performance ostentatoire (même pas sûr que ça ira aux Oscars) et ce malgré un festival de prothèse. Mention spéciale à Colman Domingo, méconnaissable. C'est à Jaafar Jackson (le neveu de Michael) qu'est revenu la tâche ingrate d'incarner un monstre de charisme, si évidemment, il n'est pas son oncle, son interprétation n'en est pas honteuse pour autant.


Ni bon, ni vraiment mauvais, "Michael" n'est qu'un énième biopic qui n'a rien à dire et qui le montre mal. Si on est loin de la catastrophe industrielle, le résultat final reste un ratage. Autant se refaire un live de Michael Jackson, bien plus galvanisant que cette longue enfilade de séquence.

Le principal enjeu en coulisse est certainement atteint, rappeler que quand même, Michael Jackson est imbattable quand il s'agit de générer les $$$.

TJ-McFly
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le 24 avr. 2026

Modifiée

le 24 avr. 2026

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TJ-McFly

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