Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

Ce film est exactement ce qu’on pouvait en attendre : un (mauvais) montage musical de 2h, lisse et aseptisé, entrecoupé de scènes creuses et stéréotypées, dans la veine esthétique de l’atroce Bohemian Rhapsody. Tous les poncifs du biopic y passent, les gens qui ne cessent de dire au héros qu’il est exceptionnel et promis à un grand destin, l’antagoniste en la figure du père tyrannique, les pontes de l’industrie qui trinquent et fument des cigares quand leur poulain grimpe les charts…mais quelle purge !

Tout le monde encense la performance de Jaafar Jackson, mais si je veux bien croire qu’il s’est donné à fond pour incarner son personnage, il n’avait malheureusement pas beaucoup de matière à travailler et l’interprétation reste très en surface. Son Michael est gentil avec tout le monde, affiche constamment un sourire ultra-bright, parle avec ses animaux tel une princesse Disney, rend visite aux enfants malades et réconcilie des gangsters. Un personnage sans aspérités et donc sans intérêt, dont le seul démon est son croque-mitaine de père.

Physiquement, on est plus sur une performance d’imitateur que d’une véritable incarnation. Pas une seconde je n’ai été bluffée ou transportée ; même si les chorégraphies sont très bien exécutées, il leur manque l’intensité et l’intention de l’interprète original. Quel est l’intérêt de s’infliger les performances d’une pâle copie, qui plus est extrêmement mal filmées et entrecoupées de contrechamps sur un public en pâmoison, quand les vidéos originales sont dispo sur YouTube ? La performance de Billie Jean au Motown 25th est l’exemple parfait du momentum qui retombe comme un soufflé a cause d’un montage éclaté et sans âme.

À aucun moment le film ne parvient à expliquer pourquoi Michael est si exceptionnel, pourquoi il suscite un tel engouement, ce que sa créativité apporte de nouveau à l’industrie musicale années 80. Le premier teaser laissait entrevoir une plongée dans son processus créatif, notamment via son travail avec Quincy Jones, mais tout cela est traité comme une anecdote dans la vie de Saint Michael. Sa relation avec ses frères est inexistante, son rapport conflictuel à son apparence est à peine évoqué, son obsession pour la grandeur et le succès commercial est très fadement retranscrite.

Les chansons et les albums s’enchaînent sans qu’on comprenne ce qui anime sa créativité, la colère, le besoin de reconnaissance, l’ambition, le perfectionnisme, la passion qui le poussent à vouloir monter toujours plus haut. Cerner le personnage complexe, fascinant et dérangeant qu’était Michael Jackson nécessite bien plus que deux heures d’un recit monté avec les pieds et financé par ceux dont les revenus dépendent de la fructification de la marque MJJ.

Last but not least, on ne peut pas ignorer l’éléphant dans la pièce : le choix d’arrêter le récit en 1988 pour éviter d’aborder les aspects controversés de la vie de Jackson. Si en tant qu’ancienne mega fan je reste admirative de son art, je ne peux pas m’empêcher de trouver à ce film un arrière goût très amer. J’ai arrêté depuis un moment de croire à son innocence (et au personnage doux et enfantin que nous vend le film) et l’existence même de ce biopic hagiographique laisse songeur sur la façon dont notre société gère l’héritage des artistes aux comportements problématiques.

Je conseillerais à ceux qui veulent creuser de s’intéresser au livre de J. Randy Taraborrelli, aux podcasts Think Twice et Telephone Stories et bien sûr au documentaire Leaving Neverland qui laisse à voir un aspect du personnage sur lequel aucun biopic n’aura jamais l’honnêteté de se pencher.

Camiscope
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le 27 avr. 2026

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