Mickey 17
6.3
Mickey 17

Film de Bong Joon-Ho (2025)

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Auréolé de la gloire et du blanc-seing obtenu avec Parasite, Bong Joon-ho revient avec un film de science-fiction ambitieux, vaisseau de ses thèmes de prédilection : la lutte des classes, la domination économique, politique et scientifique, la survie des opprimés… Mais… c’est plus que moyen, voire trop grossier. Peut-être parce qu'il revisite des idées déjà traitées avec plus de finesse ailleurs. Peut-être parce que l’adaptation d’un roman de science-fiction n’offre pas la même liberté que ses scénarios originaux. Ou peut-être simplement parce que le film, attendu et repoussé plusieurs fois, arrive trop tard pour être aussi percutant qu’il aurait pu l’être.

L’histoire utilise la science-fiction pour soutenir son récit, comme le réalisateur l’avait fait pour Okja ou The Host. Mickey, un homme sans talent particulier, criblé de dettes et poursuivi par la mafia, trouve une échappatoire à la Terre en acceptant un poste de "remplaçable". Grâce à une technologie récente, il peut être cloné à l’infini chaque fois que son corps meurt. Coincé dans un vaisseau spatial dirigé par un magnat mégalo (un croisement absurde entre Elon Musk et Donald Trump), Mickey va devoir composer avec son statut de freak, puis à sa propre copie interdite et la découverte d’une forme de vie extraterrestre. Le départ de la Terre et le vaisseau permet ici le cadre de la maltraitance systémique, comme pour Snowpiercer, et la technique de clonage est le déclencheur des péripéties.

Le problème principal de Mickey 17, c’est que le film veut embrasser trop de thématiques à la fois : exploitation capitaliste, caricatures des élites obscènes, clonage et identité, altérité et relations avec une espèce alien, lutte des classes dans un environnement fermé… Chaque sujet aurait pu être passionnant, mais aucun n’est vraiment creusé. Ce qui aurait pu être une réflexion passionnante sur l’individualité et la mémoire se retrouve réduit à quelques dialogues entre Mickey 17 et Mickey 18, qui soulignent bien qu’ils ne sont pas identiques… mais sans jamais en faire un vrai moteur narratif. Sur ce point, je préfère nettement Moon et son Sam Rockwell bien plus inspirés. De la même manière, la critique des ultra-riches et de leur mépris total pour le reste de l’humanité, qui était déjà au cœur de Snowpiercer, Parasite et Okja, est ici tellement appuyée qu’elle en devient une caricature d’elle-même. Même l’intrigue autour des extraterrestres semble reléguée au second plan, traitée avec une certaine paresse.

Ce manque de cohérence se retrouve aussi dans le ton du film. Bong Joon-ho a toujours été doué pour mélanger les genres, capable d’osciller entre le thriller, la comédie noire et le drame avec une fluidité impressionnante. Mais ici, les transitions sont trop abruptes. L’humour grotesque (comme les scientifiques désinvoltes face aux morts successives de Mickey) cohabite maladroitement avec des moments censés être épiques, mais qui tombent souvent à plat. Le film veut être trop de choses à la fois et finit par n’être vraiment bon dans aucune d’elles.

Et visuellement, c’est loin d’être mémorable. Habituellement, Bong Joon-ho soigne ses cadres et son atmosphère : la pluie lourde et poisseuse de Memories of Murder, la tension presque suffocante de The Host, la perfection architecturale de Parasite… Ici, rien de tout cela. Le film est correct d’un point de vue esthétique, mais rien ne marque durablement. Les CGI sont parfois ratés, et même le design des aliens, qui aurait pu être marquant, se révèle fade.

Cela étant dit, tout n’est pas à jeter. Le casting fait son travail, avec un Robert Pattinson qui s’amuse visiblement à jouer toutes ces versions de son personnage et un duo Mark Ruffalo-Toni Collette grotesques à souhaits, même si leurs personnages de dictateurs ont perdu une partie de leur impact à force d’être rattrapé par la réalité. Steven Yeun et Anna Maria Vartolomei, eux, sont sous-exploités.

Mais voilà : Mickey 17 est un film fourre-tout et décevant. On y retrouve tout ce qui fait le style de Bong Joon-ho, mais sans l’intelligence et la subtilité habituelles. Il se répète sans se renouveler, s’éparpille sans approfondir. Pour moi, le film s’apparente à un trop grand buffet où on cherche à tout goûter, et dont on ressort avec une indigestion.

Créée

le 15 mars 2025

Critique lue 27 fois

Alice Perron

Écrit par

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3

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