Mickey 17
6.4
Mickey 17

Film de Bong Joon-Ho (2025)

Date de péremption largement dépassée !

J'ai évité de partir sur le visionnage de ce film avec une attente trop haute. D'accord, Bong Joon-Ho a réussi à tout exploser puissance 10000, comme ce n'est pas permis, avec son précédent opus, le palmé et oscarisé Parasite. Mais, il était quasi impossible d'offrir une œuvre aussi magistrale deux fois de suite. Donc, si le réalisateur avait donné ne serait-ce qu'un très bon film avec ce Mickey 17, je me serais estimé satisfait. Mouais, problème, même avec cette attente modeste, j'étais parti avec une attente trop haute, trop trop haute.


Bon, déjà, une histoire qui part du principe qu'un bouffon narcissique instable et psychopathe orange, se comportant beaucoup plus comme un gourou que comme une personnalité politique, soutenu par des décérébrés portant, pour quelques-uns, une casquette rouge, et entouré de manipulateurs profiteurs, ne peut pas gagner des élections... euh, comment dire... ouais, bon, ce n'est pas le pire des problèmes. Cela souligne juste une naïveté embarrassante, en plus de rendre vieillot et dépassé l'ensemble avant même sa sortie. Au passage, Mark Ruffalo a beau en faire des gigatonnes, il n'arrive pas au millionième de ce dont est capable le modèle original.


Non, le gros problème, c'est que l'écriture, ultra-bordélique, est à chier. Il y a des thématiques qui sont, au mieux, esquissées (l'immoralité que peut avoir la recherche scientifique, trucidant toute déontologie humaine, le clonage, les diverses "morts" du protagoniste, le fait que ce dernier essaye d'échapper à un puissant mafieux à qui il doit de la thune, la confrontation des doubles, l'un doux, l'autre dur, l'opposition féroce de deux camps politiques définitivement irréconciliables, les calories, les femmes réduites à un utérus, etc. !), mais qui ne sont absolument pas aboutis. C'est le cas aussi, en conséquence, pour de nombreux personnages. Par exemple, quelqu'un pourrait me dire à quoi sert Steve Park ici, à part pour toucher son chèque. Ou encore, à un moment donné, l'intrigue semble vouloir donner de l'importance au personnage incarné par la sublime et charismatique Anamaria Vartolomei... ah, mais, en fait, non... OK, Vartolomei était aussi juste là pour toucher son chèque. C'est dommage, bordel, j'adore cette actrice, et, en plus, elle est aussi à l'aise dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière.


En fait, ce qui justifie que l'univers de ce long-métrage soit un monde dystopique, plus proche du bordel et du grotesque d'un Terry Gilliam ou de certains sketchs de Monty Python : Le Sens de la vie que de l'efficacité glaciale et implacable d'un George Orwell, n'est pas l'ambition de dépeindre une satire en filigranes de notre société, mais celle de pouvoir accumuler les facilités scénaristiques pour que les gentils triomphent évidemment des méchants, yada, yada... Ah ouais, j'avais oublié, le tout pompe pas mal, aussi, Starship Troopers (sans la pertinence de son fond politique... qui n'a rien de naïf, lui !), avec ses antagonistes d'une autre planète, qui n'en sont pas et qui ont toute légitimité à se défendre.


Sinon, techniquement, je n'ai pas grand-chose à dire, si ce n'est que le visuel rappelle le Bong Joon-Ho de Snowpiercer. Rien de nouveau à l'horizon de ce point de vue-là. Je ne vais pas m'étendre dessus.


Pour les raisons susmentionnées, Mickey 17 est, pour moi, le film le plus raté de son cinéaste. Et l'air de rien, par la même occasion, on assiste aussi à un des plus gros écarts qualitatifs entre deux œuvres successives d'un même artiste. Bref, c'est une purge.

Créée

le 6 mars 2025

Critique lue 5.8K fois

58 j'aime

30 commentaires

Plume231

Écrit par

Critique lue 5.8K fois

58
30

D'autres avis sur Mickey 17

Mickey 17
EverL7
6

Pauvre Mickey

Loin des sous-sols étouffants de Parasite et de sa soif de dignité, Mickey 17 nous plonge dans l'immensité glaciale de la science-fiction. Avec, pour interprète, Robert Pattinson dans le rôle de...

le 13 mars 2025

118 j'aime

5

Mickey 17
lhomme-grenouille
2

Envie de crever au pays de Mickey

Pitié. Stop. Je n'en peux plus. Ce que je demande n'est pourtant pas si extraordinaire que ça. Il fut même un temps où ce que j'ai toujours posé comme exigence de base était plutôt monnaie courante...

le 5 mars 2025

110 j'aime

46

Mickey 17
Yoshii
7

Space Opéra Pré-Apocalyptique

La relative déception qui accompagne la sortie de Mickey 17 n'a finalement rien de surprenant, au vu des attentes probablement démesurées suscitées par le projet depuis sa genèse. Multi récompensé,...

le 5 mars 2025

108 j'aime

12

Du même critique

Babylon
Plume231
8

Chantons sous la pisse !

L'histoire du septième art est ponctuée de faits étranges, à l'instar de la production de ce film. Comment un studio, des producteurs ont pu se dire qu'aujourd'hui une telle œuvre ambitieuse avait la...

le 18 janv. 2023

323 j'aime

26

Le Comte de Monte-Cristo
Plume231
3

Le Comte n'est pas bon !

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise adaptation, il y en a des fidèles et d'autres qui s'éloignent plus ou moins du matériau d'origine. Et la qualité d'un film, issu d'une adaptation...

le 1 juil. 2024

253 j'aime

59

Oppenheimer
Plume231
3

Un melon de la taille d'un champignon !

Christopher Nolan est un putain d'excellent technicien (sachant admirablement s'entourer à ce niveau-là !). Il arrive à faire des images à tomber à la renverse, aussi bien par leur réalisme que par...

le 20 juil. 2023

224 j'aime

32