Mickey 17
6.3
Mickey 17

Film de Bong Joon-Ho (2025)

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Mickey et Donald au pays des space blattes

Peut-on séparer l'œuvre de la filmographie? Le critique du dimanche produisant un texte sur Mickey 17 peut-il juger ce film à sa juste valeur, en occultant totalement son admiration pour Bong Joon Ho, l'un des meilleurs réalisateurs en activité? Peut-on même juger un projet artistique de manière impartiale, sans aucun affect personnel? Si oui, ce jugement présente-t-il un quelconque intérêt? Et pourquoi donc commencer une critique par une succession questions qui font mal au crâne?


Allez savoir... En tout cas, nous voilà lancés.


Mickey 17 nous raconte l'aventure singulière d'un homme ayant eu la mauvaise idée de prendre part à une mission de colonisation spatiale futuriste en temps que "consommable". C'est très simple : le mec est littéralement là pour mourir, salement si besoin, sa conscience étant alors réincarnée dans un nouveau corps cloné de façon fort cocasse. Alors que l'équipage explore la planète ciblée, le 17ème Mickey du nom est une fois de plus laissé pour mort. Seulement voilà : l'étrange faune locale - à mi-chemin entre un pangolin et un tardigrade - s'avèrant plus amicale que prévu, notre protagoniste regagne finalement la base sain et sauf. Et tombe nez à nez sur un Mickey 18 tout juste imprimé...


Quand il sort du cinéma après un film comme ça, le spectateur se doute qu'il va devoir distiller sa séance pendant un bon moment. Car Mickey 17 est un film foisonnant de sous-intrigues, de symboles et de thématiques qu'il est difficile d'appréhender au premier visionnage, le réalisateur coréen n'étant pas un adepte de la surexplication. Ce qui sera probablement source de frustration pour beaucoup...


De prime abord, le film apparaît sacrément bordélique. Des pans entiers du scénario semblent superflus ou inaboutis. Les intrigues diverses se superposent sans donner l'impression de s'imbriquer. Là où Parasite déroulait inexorablement un récit d'une précision diabolique, Mickey 17 dévoile une histoire complexe et arborescente pleine de circonvolutions questionnables.


On pourrait par exemple tiquer sur le personnage assez détestable joué par Steven Yeun. Après avoir littéralement disparu du film pendant un bon moment, Timo réapparaît soudainement pour détourner une intrigue principale qui montait enfin en puissance. Le tout pour se voir offrir une conclusion peu impactante qui en laissera plus d'un sur sa faim. Idem pour la charmante Kai : après des débuts parfaitement transparents, elle sera subitement jetée sous les protecteurs pour mieux totalement disparaître dans le dernier acte. Les plus malicieux d'entre nous se demanderont s'il n'aurait pas été préférable de les extraire du scénario pour obtenir une intrigue plus fluide et resserrée.


Le problème quand on y pense, c'est que tous ces éléments nous racontent tout de même beaucoup de choses et participent à la richesse du film. Ainsi l'attitude de Timo, échappant à la mort pendant tout le film grâce à une chance insolente, au prix de la trahison de ses principes, de ses amis et en fin de compte de lui-même répond parfaitement à celle de Mickey qui fera quant à lui face à la faucheuse dès le début, ce qui lui permettra in fine d'affronter ses démons et d'en sortir grandi. La plupart des circonvolutions du récit sont à l'avenant : même si elles tombent parfois comme un cheveu sur la soupe et nuisent au rythme de l'histoire, on sent intuitivement qu'elles apportent toujours de la matière. Et ça, c'est quand même drôlement chouette pour le spectateur névrosé matraqué H24 par des merdes à la Bullet Train qui n'ont rien à dire.


À mon humble avis, l'accueil très frisquet du public tient plutôt au côté iconoclaste de l'œuvre. Car Mickey 17, tout foutraque qu'il est, est surtout un film qui n'est jamais là où on l'attend. Ainsi, le drôle en quête d'un comique de répétition morbide à la Edge of tomorrow risque fort d'être déçu, les 16 premiers Mickey étant expédiés en quelques scènes. Le nerd en attente d'une odyssée spatiale devra lui aussi gérer sa frustration, cet aspect n'étant clairement pas ce qui intéresse l'ami Joon Ho. Et l'aspect satirique et outrancier des personnages (en particulier du couple Colette - Ruffalo) achèvera ceux qui ne jurent que par des portraits réalistes et nuancées.


Du coup, est-on en présence d'un bon film, d'un truc qui vaut le coup de s'enfermer dans une salle obscure et de subir les atroces pubs locales faites avec le cul? Pour moi, clairement oui. Mickey 17, c'est le mec chelou qu'on rencontre en soirée et qui fout tout le monde mal à l'aise parce qu'il ne fait rien comme tout le monde. Le type qui enchaîne les actes baroques avec un tel naturel qu'on ne peut pas s'empêcher de revenir vers lui. Parce qu'on sent qu'il y a quelque chose de profond derrière cette attitude déglinguée.


Malgré toutes ses imperfections, Mickey 17 nous offre quelque chose qui se fait rare par les temps qui courent, surtout à Hollywood : une vraie vision personnelle du monde, un point de vue unique dans un écrin technique de qualité. Un OVNI qui reste avec nous plus d'une heure après son visionnage, qui fait réfléchir tout en nous divertissant avec une histoire vraiment atypique. Ce n'est pas la plus grande réussite de son réalisateur mais ça reste une œuvre de qualité.


Et franchement, c'est déjà une belle prouesse dans le paysage cinématographique actuel. Gamsahamnida M. Ho.

Drdrosophile
7
Écrit par

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le 20 avr. 2025

Critique lue 13 fois

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