Il y a des films comme ça, il est très difficile d'en parler. Montrer une scène de Millennium Mambo vaudrait certainement mieux que de tenter d'en expliquer ses immenses qualités.
Millennium Mambo est un film définitif, un témoignage sur une époque comme il n'y en aura certainement plus. En 2001, Hou Hsiao Hsien, avec son style qui le caractérise, a su capter l'ambiance d'une génération, perdue, mais vivante. L'ambiance justement, contribue à ce sentiment qu'on assiste à quelque chose de définitif. On est comme dans un rêve, le temps du film, avec de la musique qui ne s'arrêtent jamais, des couleurs saturées, des personnes qui dansent... HHH filme de la fureur avec un tel calme qu'elle devient apaisante.
Dès la scène d'intro, le ton est donné. Shu Qi, qui a là un des plus beaux rôles féminins qui soit, marche seule au ralenti dans un décor urbain, sur la merveilleuse musique de Lim Giong. La voix-off, celle de l'héroïne, parle au passé, car tout est déjà fini. Ce que l'on s'apprête à voir n'existe plus.
Tout le monde, ici à Taiwan, est perdu. C'est le passage au nouveau millénaire et on a le sentiment que le monde change. Yi Yi, un an plus tôt et toujours à Taiwan, évoquait également cette nouvelle civilisation à l'aube de l'an 2000. Mais HHH le fait de manière plus viscérale, plus désincarnée aussi, mais tout est juste.
Parfois, le rêve s'interrompt. Shu Qi part au Japon, dans la neige, loin de Taiwan, et le temps s'arrête. C'est là qu'elle respire, on le voit, et le contraste est magnifique. Elle n'arrive pas à être heureuse là-bas, elle oublie ici.
Je ne parle pas vraiment de cinéma dans cette critique, parce que j'en serais bien incapable. C'est une expérience à vivre, à contempler. Mais le rêve ne se termine jamais vraiment, l'écho de la musique incessante reste, le visage de Shu Qi aussi.
Millennium Mambo est un film apocalyptique.