Les films de Christian Petzold donnent lieu à une alternance entre œuvres réussies et œuvres décevantes. Le Ciel rouge, son long-métrage précédent, m'ayant beaucoup plu, il n'y avait pas de raison pour que cette fois-ci, je ne sois pas déçu. Hélas, Miroirs No. 3 n'est pas l'exception qui confirme cette drôle de règle.


Le réalisateur prend tout son temps, dans une première partie, pour développer trois personnages au comportement étrange, mais compréhensible, sur lesquels un quatrième personnage — une présence venant de l'extérieur — agit comme un catalyseur. On n'a que très peu d'éclats. Les sentiments se ressentent, ils ne s'expliquent pas. Les objets brisés de la maison dans laquelle se déroule la majorité du film reflètent bien l'état d'esprit de ses habitants. En résumé, j'ai apprécié ce gros morceau. D'autant plus que les quatre interprètes principaux — la fabuleuse Paula Beer en tête — sont excellents, toujours d'une vérité admirable.


Mais après une révélation somme toute plus que prévisible — qu'il est difficile de ne pas voir venir à des kilomètres — et ce qui s'ensuit, tout s'accélère considérablement. Tout est précipité, plus rien n'est approfondi. Ce qui crée un déséquilibre assez gênant, vu que la seconde partie détonne un peu trop par sa durée nettement plus courte, mais aussi par sa très grande différence de rythme. Sans parler d'une fin qui laisse sur sa faim.


En outre, autant les motivations des trois membres de la famille sont plutôt bien creusées, autant celles de l'élément extérieur, incarné par Paula Beer, ne sont pas abordées un seul instant. Alors, j'ai très bien compris que ce personnage en particulier était là pour agir comme un miroir sur les autres. Que Petzold a sûrement voulu maintenir une aura de mystère autour de celui-ci. Reste que pour moi, ça passe complètement à côté d'un potentiel, du point de vue de la consistance dramatique, formidable. La seconde partie aurait pu tout à fait être consacrée principalement à ce personnage, permettant d'éviter cette sensation de déséquilibre désagréable dans le rythme, dans la durée et aussi dans la profondeur.


En résumé, Miroirs No. 3 bénéficie d'une direction d’acteurs irréprochable, d'une mise en place subtile et prometteuse, mais ceci est malheureusement rattrapé d'un coup par une écriture qui s’accélère trop brusquement, qui devient négligée et laisse un goût amer d’inachevé. Je suis ressorti du film avec le sentiment d’avoir assisté à une première moitié captivante, pleine de justesse, suivie d’une seconde qui déséquilibre l’ensemble et gâche son potentiel dramatique. Une déception, donc, d’autant plus grande qu’elle laissait entrevoir un film qui aurait pu être, sans ses faiblesses structurelles, l’une des œuvres réussies de son auteur.

Plume231
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le 29 août 2025

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