Miroirs no.3 est une épure. Un mélodrame réduit à l'os : une situation, des personnages taiseux, une rencontre peut-être avortée, on n'est même pas sûr. En clair, "il ne se passe rien". Laura, maginifiquement interprétée par Paula Beer , est une sorte de revenante, même si on n'est pas chez Preminger. Rescapée miraculeuse d'un accident digne, pour son côté impressionnant, des meilleurs carambolages de films d'action (tout le monde me croit, je le sens), elle se retrouve sans trop de raison chez une femme qu'elle ne connaît pas, mais qui apparemment est bien contente d'avoir de la compagnie.
Il y a tellement peu de choses dans le film que le moindre non-événement en acquiert de la densité. La vue d'une porte fermée peut s'y avérer bouleversante. Et les rares fois où l'on entend jouer Laura, étudiante pianiste, cela ne dure guère, mais cela atteint des sommets d'émotion contenue. Ce n'est pas pour rien que Christian Petzold a donné à son oeuvre le nom d'un morceau de Ravel. Si la structure en miroir donne du relief au procédé habituel du champ/contrechamp, ce qui est déjà quelque chose, le principal est qu'il arrive à redonner, sans sensiblerie, l'émotion juste de la musique. Que l'on compare avec le récent En fanfare, où un improbable Boléro (Ravel encore) était chargé de toute l'émotion d'un mélo larmoyant, et on saura apprécier le dépouillement du film de Petzold.
Il faut être sûr de son art, pour tenter de produire tant, avec rien.