Dixième long-métrage d’Alain Guiraudie, Miséricorde marque le retour du réalisateur dans son pays natal, cette contrée aveyronnaise qui fut le berceau de ses premières envolées cinématographiques et dont l’arrière-saison, venteuse et capricieuse à souhait, révèle des trésors chromatiques insoupçonnés à la photographie de Claire Mathon. Guiraudie y met en scène un autre retour aux origines, amorcé sous de sombres auspices : le décès de son premier patron incite Jérémie à s’installer, sans trop savoir pourquoi, chez la veuve éplorée, et de renouer ainsi des relations oubliées, des rancœurs enfouies et des désirs fanés, mais toujours prêts à reverdir, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire. Citadin repenti, curé, béotien, paysan ou gendarmes – chaque personnage est filmé avec une gravité malicieuse dans cette tragicomédie qui embrasse dans un même mouvement le stupre et le sacré, le crime et le pardon, la recherche éternelle de la vérité et la chasse aux champignons : ce Miséricorde est un exquis memento morille.