D'après le témoignage de l'ambassadeur américain Joseph E. Davis en poste à Moscou de 1936 jusqu'au début de la seconde guerre mondiale, Michael Curtiz signe, en 1943, un brillant film de propagande...pro-soviétique.
Le préambule est savoureux, où l'ambassadeur Davies en personne justifie son éloge relatif de l'URSS tout en se croyant obligé de rappeler à quel point il est attaché aux valeurs de l'Amérique. Nous sommes en pleine guerre mondiale et Curtiz, dans un style documentaire, se doit de saluer et de rassurer sur la valeur de l'allié (du rallié) soviétique, l'ennemi idéologique qui le redeviendra très vite...
C'est cette louange contre nature du régime stalinien qui donne au film tout son intérêt, sans préjudice d'une réalisation concise et très efficace dans l'exposé de ses idées, aussi vulgarisatrices et partiales soient-elles.
Missionné par le président Roosevelt pour "prendre le pouls" de l'Europe, la mettre en garde, si besoin, contre les mensonges d'Hitler et du Japon, Davies arpente le vieux continent et rencontre les plus grands, Churchill et à la fin Staline -dans une séquence surréaliste où le chef de l'URSS apparait le parfait petit père des peuples, démocrate et doux humaniste ! Et si l'Amérique n'était pas convaincu de la force russe, on assite même à un défilé militaire...
L'ambassadeur Davies, interprété par un Walter Huston en service commandé, est d'autre part un personnage assez fascinant tant il figure l'Amérique et les vertus qu'elle se prête. A travers sa clairvoyance et le franc-parler dont le diplomate se targue, les bons ou les mauvais points qu'il distribue aux protagonistes européens, se dessine la condescendance américaine, un mélange de prétention et de paternalisme, à l'égard notamment de l'URSS dont on souligne les progrès comme on ferait d'un élève qui fut un cancre.
Dans son genre, le film est un vrai sujet d'étude pour les historiens du cinéma.