"Votre mission si toutefois vous l'acceptez", c'est LA ritournelle de Mission : Impossible depuis cinquante ans. Mais c'est également LE défi lancé aux réalisateurs de la licence. Et ici, il convenait d'en réinventer l'esprit, le style et les cascades à chaque volet. De fait, cinq réalisateurs se sont succédé depuis le lancement de la saga...jusqu'à aujourd'hui. Christopher McQuarrie - déjà à l'ouvrage sur M:I Rogue Nation - revient à la manœuvre pour une deuxième plongée dans l'univers du super agent-secret Ethan Hunt. Une petite entorse à la règle certes mais le cinéaste en respecte les conditions : le classicisme de Rogue Nation laisse ici la place à une tension de tous les instants. Fallout est le plus long de la saga (148 minutes) et sa durée généreuse se traduit autant par la profusion de scènes très spectaculaires que par son intrigue (plus noire) qui relie les points de la franchise entre eux.
Je laisserai le soin aux fans de retrouver les diverses références/rappels aux films précédents (ils sont tous évoqués, directement ou indirectement), et ils contribuent ici à une célébration en règle de l'esprit M:I. Toujours plus haut, toujours plus fort; le motto qui convient le mieux à la saga. C. McQuarrie et Tom Cruise ont donc décidé de pousser la logique le plus loin possible. La subtilité ne sera pas de mise ici, au profit d'une surenchère jouissive et brillamment exécutée. En termes de scènes d'action, Fallout est clairement le plus impressionnant.
La première heure et demie déroule un tableau juste ahurissant de puissance, malgré un lot d'invraisemblances parfois très grosses. McQuarrie fait montre d'une virtuosité quasi-ininterrompue, l'investissement de Cruise est total, et je me réjouis d'avoir un esprit d'équipe plus palpable que pour Rogue Nation. En parallèle, le script décide également de questionner les choix de Hunt par rapport à sa hiérarchie et ce fameux "bien commun". Une manière de parachever le personnage comme une icône du héros total pour qui chaque vie compte, à l'inverse d'un monde du renseignement qui troque et sacrifie sans sourciller.
Une réserve compréhensible, plutôt bienvenue même si elle reste gentillette à mon sens (combien de temps avant la vraie césure entre l'idéal et la réalité?). Dommage que le film ne pousse pas un peu plus loin la réflexion, d'autant plus que l'ennemi du jour se posait presque comme le miroir déformant du héros. Mission : Impossible n'a rien à dire là-dessus préférant assumer une approche en fin de compte anachronique, très proche des James Bond d'antan. Son méchant en est l'incarnation la plus parlante, dont les desseins restent d'une incroyable platitude. Tout comme sa dernière heure, qui veut compenser l'absence d'idées novatrices pour un énième délire pyrotechnique. Ce qui corrobore l'impression d'un script pensé pour relier les plus grosses cascades au lieu de l'inverse (une démarche établie dès le numéro 2).
Entendons-nous bien: le film a encore quelques belles cartouches en réserve mais la cible reste néanmoins plus aisée à atteindre. Disons que sa grande bonté quand il joue des muscles se grippe dès qu'on recentre sur le cœur anodin. Incontestablement, Fallout fait partie des blockbusters de l'année. L'un des plus généreux et des plus enlevés. Équipé d'un casting adéquat (Cruise en forme, Henry Cavill parfait en rouleau compresseur, Rebecca Ferguson aussi charmante que dans Rogue Nation,...), et d'une direction artistique parfaitement calibrée, il conforte son statut de pionnier du divertissement haut de gamme.