Le dimanche, Gerry découvre que sa femme le trompe. Le lundi, il apprend que son frère est mort noyé à Singapour. Le mardi, il s’envole pour l’Asie, perd ses bagages, atterrit dans un hôtel de passe, se fait réveiller en pleine nuit par un client ivre que son frère connaissait, qu’il doit traîner inconscient dans un couloir — pendant que l’autre se pisse dessus —, tandis qu’une prostituée s’habille dans la chambre voisine. Le mercredi, il visite le lieu de la noyade et se fait mordre à la bite par un serpent. Le jeudi, il découvre que son frère et sa belle-sœur tenaient un empire local du tourisme sexuel. Le vendredi, la veuve de son frère commence à le draguer. Le samedi, il tente de récupérer de l’argent chez un Allemand violent, finit le nez pété, glisse dans la pisse d’un chien et s’ouvre le crâne sur une chaise. Le dimanche, sa nièce lui demande de se noyer pour ramener son père. Et la veille de l’enterrement, il roule une pelle à la veuve.
Et pourtant, Mister John, c’est pas une comédie, c’est lent et étouffé. C’est juste un gars qui s’efface doucement, qui n’arrive pas à tenir debout et qui essaie de survivre en glissant dans la vie d’un autre. Et ce qui rend le truc étrange, c’est que tout a l’air tragique — la mort, la trahison, la solitude — mais raconté comme si c’était pas si grave, ou comme si le film lui-même n’était pas sûr de ce qu’il est. C’est une tragédie qui dit : j’ai pas fait exprès de faire une comédie. On croit deviner, on pense comprendre, et en fait non, mais c’est pas ça qui compte. Parce que ce que ça dit, c’est que Gerry n’essaie pas de tromper les autres, il essaie juste d’oublier qu’il est là et ça donne un truc bizarre, bancal et touchant. Y a de la gêne, du ridicule, des slips violets, un serpent, un Allemand violent, mais surtout des gens fatigués. C’est juste que parfois, le réel est à la fois triste et con et que le film accepte ça.