Une ligne mélodique crescendo, simple et douce

Crescendo émotionnel très progressif, Model Shop part d'un charme doux, (toujours aussi peu d'agressivité chez Demy) pour gagner en émotion, transportant en route les blessures et les espoirs d'une Amérique en train de changer de peau en cette fin de guerre du Viêtnam.
Aussi désespéré qu'espérant, George Matthews se meut entre ces deux humeurs, fait connaissance avec la peur de la mort et avec l'amour conjointement (avec la nécessité d'aimer en tout cas).


Le film réussit à joindre des personnages à la fois réalistes (Gary Lockwood en particulier, d'une aisance impeccable)n représentatifs du lieu qu'ils arpentent, et rêveurs, et des personnages oniriques (Anouk Aimée), pris dans divers strates de temps, élargis par leur appartenance à d'autres films, et devant gagner leur vie.


Un film simple dans lequel la douleur finit par s'enlacer à une sorte de joie psychédélique qui convient parfaitement au cinéma de Demy, à sa douce mélancolie, et cette grâce qui affleure en permanence des mouvements de ceux qui vivent nonobstant les blessures, qui gardent le désir d'avancer et de construire en paix. Un petit regret technique tout de même : deux ou trois mouvements de caméra ont parfois moins de souplesse (que dans Lola, par ex.) : le plan d'ouverture, les déambulations dans la rue ou dans le couloir du Model Shop méritaient une fluidité (et peut-être quelques prises de plus).


Quoi qu'il en soit, Model Shop clôt parfaitement les années 60 pour Demy, sa comédie humaine, le film prend même certains traits antonioniens, autre grand peintre de la jeunesse des années 68-70s. Un moment, on peut même imaginer qu'une des fins possibles soit, comme dans l'Éclipse, un Model Shop vidé de la présence de Lola et de George, ni l'un ni l'autre n'étant venu au rendez-vous promis. Nous ne serons pas loin d'un tel dénouement, qui laisse Lola repartir dans les rêves d'autres films (qui ne se feront pas) et qui se recentre sur le personnage masculin, repris du désir de vivre et d'aimer.

JM2LA
8
Écrit par

Créée

le 14 sept. 2015

Critique lue 441 fois

JM2LA

Écrit par

Critique lue 441 fois

2

D'autres avis sur Model Shop

Model Shop

Model Shop

10

DavidDIlbarritz

96 critiques

La suite désabusée de Lola : un bonheur !

Film méconnu de Jacques Demy, parenthèse américaine, suite désabusée de Lola. C'est un bonheur de retrouver l'univers poétique du metteur en scène, harmonie de couleurs où les gens s'interpellent...

le 16 mars 2015

Model Shop

Model Shop

7

Fatpooper

14105 critiques

C'est la fin du monde et on s'en fout

Je crois bien que c'est mon premier film de Demy. Et ben comme quoi toutes les premières fois ne font pas mal. C'était même plutôt agréable à suivre. Le scénario est construit sur le mode du road...

le 5 déc. 2016

Model Shop

Model Shop

6

Moizi

2567 critiques

Women for rent

Après avoir vu et adoré les Parapluies de Cherbourg je regarde donc les dernier film si je ne m'abuse où l'on apprend le destin des personnages du film Lola et on apprend ce que devient Lola...

le 13 janv. 2017

Du même critique

Entre le ciel et l'enfer

Entre le ciel et l'enfer

5

JM2LA

713 critiques

Travail d'écriture maniaque

Tout est esclave de l'information à donner et il semble que le cinéma ne soit pour Kurosawa que de l'information à donner ! Mais le pire n'est pas que tout soit assujetti à cette tâche triviale, mais...

le 28 févr. 2016

Le ciel est à vous

Le ciel est à vous

10

JM2LA

713 critiques

Le plus pur chant du cinéma occupé

Revu récemment le 6 juillet 2011 sur écran d'ordinateur mais surtout le 18 et le 20 mai 2014, en salle. Toute la grandeur du film ne m'est apparue d'ailleurs que sur grand écran... en projection...

le 12 sept. 2015

Le Plein de super

Le Plein de super

9

JM2LA

713 critiques

Critique de Le Plein de super par JM2LA

Film masculin au possible, proche de la grossièreté souvent et pourtant porté par la grâce du jeu... Cavalier réussit un pari unique, celui d'une collaboration étroite avec ses acteurs qui, si mes...

le 2 oct. 2015