''Modesty Blaise'' – 1966 de Joseph Losey est une parodie de récit d'espionnage tirée d'une bande dessinée et reprenant les codes de la bande dessinée dans le style pop art triomphant de l'époque. Replacé dans son contexte, un travail d'avant-garde, ou comment le consumérisme gagne toutes les sphères culturelles ; outre son aspect visuel et sonore réussi dans ce registre, l'intrigue et le jeu des acteurs sont réduits à néant par excès : l'héroïne est une bécasse incapable et le méchant un dandy mou suffisamment riche pour ne pas avoir besoin des diamants qu'il s'apprête à voler – l'hubris capitaliste.
La mobilisation de Monica Vitti en potiche déguisée, de Terence Stamp en queutard lanceur de couteaux et de Dirk Bogarde en tapette péroxydée relève du pur gaspillage programmatique de ce projet. L'opus semble dire : voyez ce que l'on peut faire avec de l'argent, réduire de bons acteurs en pantins ridicules gesticulant vainement, sans drôlerie aucune.
En cela un brûlot d'avant-garde dont l'on n'est pas certain que l'auteur fut conscient – aurait-il fait si long et indigeste dans ce cas, glaçons dans le champagne ou pas ? Mais laissons à Losey le bénéfice du doute.
Du reste ce genre parodique en marge des James Bond n'est pas un cas isolé, si l'on se souvient que la même année sort ''Notre homme Flint'', presque aussi extravaguant dans les décors, les costumes et le cabotinage creux.
Nota : à propos de pop art et d'avant-garde cinématographique, l'on pourrait opposer à ''Modesty Blaise'' les métrages underground de Warhol, mais ceux-ci traitent aussi de consumérisme, celui du sexe, de la drogue et de la chair humaine, ce qui ne se lit qu'en filigrane dans l'opus de Losey, si l'on s'en donne la peine.