C'est un ange vêtu d’une robe blanche qui fend une foule silencieuse de femmes et d'hommes bafoués par la monstruosité d'autres hommes.
Des femmes aux regards détournés, fuyant (ou peut-être est-ce la caméra pudique qui les évite) la réalité de ce qu'elles ont vécu, une réalité qui pour beaucoup d'entre elles a été niée, les mains devant la bouche en symbole de la parole qui leur a été refusée.
Bientôt les yeux se ferment, les bras enlacent les corps meurtris, les têtes baissées sous le joug de souvenirs accablants, l'ange blanc libère les sentiments dans une pantomime désarticulée presque obscène à mesure que les mots de ces mille âmes blessées se joignent dans une complainte unique pour hurler l'inavouable, l'indélébile :
"J'ai trois ans , un homme monte dans ma chambre, j'ai peur de lui
A six ans, j'ai été abusée par mon beau-père
J'ai réalisé à quel point on était un bébé à treize ans
J'avais quinze ans, j'étais en vacances à Paris chez mon oncle j'ai dit à plusieurs : "non tonton"....
L'ange poursuit sa danse étrange , accablée par l'horreur des mots qui formalisent ce qui hier encore était indicible, des paroles qui pourtant exorcisent , libèrent un peu les meurtries qui osent chuchoter, esquisser un sourire, tenter de se guérir par l'étreinte, unir leur mains : elles ne sont plus seules...
Puis ces mille visages, ceux de la dignité passent un à un devant la caméra. Chacune, chacun a témoigné, les têtes sont levées, les regards sont fiers, ces "ils" ces "elles" , ces anonymes ou moins anonymes sont les victimes, désormais elles ont le droit de le crier.
Le 07 février 2024 L'actrice Judith Godrèche a créé une adresse mail pour "accueillir la parole de toutes ceux et celles qui (lui) écrivaient " MOI AUSSI", j'ai été abusée (é) sexuellement . Elle a recueilli 5000 témoignages. le 23 mars 2024, 1 000 victimes l'ont accompagnée sur le tournage de ce court-métrage, présenté depuis à Cannes.