En 1942, Hitler prend quelques heures de repos à Berchtesgaden entouré de son petit cercle, le pesant Borman, le chétif Goebbels, et aux côtés d'une Eva Braun qui s'ennuie pendant les absences de son "Adi".
Alexandre Sokourov ose un Hitler intime dans cette approche stylisée et abstraite qu'on retrouvera dans son autre portrait d'un faiseur de guerre, l'empereur Hirohito ("Le soleil"). Avec ses teintes gris-vert, façon uniforme de la Wehrmacht, le décor épuré du Nid d'aigle du Führer produit une ambiance inspirée et pertinente, justement décalée par rapport à une description réaliste qui aurait pu paraitre historiquement arbitraire et contestable.
En revanche, le contenu et la rhétorique de Sokourov sont déconcertants et, à dire vrai, peu intéressants parce qu'on ne saisit pas toujours très bien -et notamment la relation platonique d'Hitler et d'Eva Braun- ce portrait d'un monstre et d'un puissant ramené à une condition d'homme et de fantoche illuminé. Quoique tournant le Führer en dérision (son hypocondrie) et même en ridicule
(en caleçon ou surpris en posture de défécation!),
quoique relevant la stupidité de sa cour, "Moloch", du nom d'une divinité antique connue pour ses abominations, reste une farce austère et complexe.