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Par ses dessins aux lignes claires et ses coloris en aplat qui, derrière une apparente simplicité, cachent une montagne de détails bien plus complexes, par le choix d’un film dénué de paroles pour se concentrer sur l’émotion visuelle, et par sa bande-son enjouée qui met en son centre le September de Earth, Wind & Fire, Robot Dreams part déjà gagnant.
C’est une plongée dans une jungle urbaine littérale, celle du New-York des années 80 où a vécu le réalisateur Pablo Berger peuplé d’animaux anthropomorphisés. La mégalopole devient personnage à part entière, grouillant de vie, d’habitants définis par leur choix de designs, de sons formant une toile immersive. Et au milieu de cette fourmilière, on retrouve Dog, autochtone sans relief, oubliable en tous points, banal jusqu’à l’extrême, presque médiocre et surtout, seul.
Dès la scène d’intro, alors que l’on voit notre protagoniste dans son appartement, l’ultra-moderne solitude chantée par Souchon est implacable : plat surgelé micro-ondé, console à laquelle on joue sans partenaire, télévision qui nous vend l’inutile. Cinq minutes qui permettent également de faire montre de la pâte des animateurs qui font du détail la sève de leur récit (là les bulles du fromage plastifié lors du réchauffage, plus tard les sutures d’un sac du charbon qui sautent…) et rendent cet univers crédible, palpable.
Cette histoire qui se déroule pendant une heure et demie n’est pas seulement celle de la solitude, mais celle des relations et de leur fin. Celle de la mémoire qui subsiste de nos rencontres et lui permet de survivre à l’éloignement, volontaire ou forcé, rendant éternels ces rencontres éphémères, ces instants de vie à plusieurs. Berger cite Casablanca en interview, “We’ll always have Paris”, et fait de September son As time goes by.
La référence est joliment digérée et intégrée dans un film aussi doux et positif qu’il est teinté d’une mélancolie touchante.