Pierre Pastié est le dirigeant d'un grand groupe de boissons.Alors que sa place à la direction de l'entreprise doit être renouvelée,il a besoin pour cela de la signature de son cousin Adrien,qui détient une partie du capital.Mais le type est un débile ingérable qui refuse de signer et se met en tête de participer à la gestion de la société alors qu'il n'y connait rien et qu'il est domicilié dans un asile psychiatrique.Collant à son cousin,qu'il adore,il va mener la vie dure à ce pauvre Pierre,qui ne sait comment s'en débarrasser.Jan Kounen,réalisateur très hot des années 90 avec notamment son court-métrage "Vibroboy" ou son premier long "Dobermann",s'est ensuite planté avec son ambitieuse adaptation de la BD "Blueberry".Il ne s'en est jamais vraiment remis et a en définitive tourné peu de fictions,se consacrant progressivement au documentaire et au film expérimental.Il devait vraiment avoir besoin de thunes pour se lancer dans cette comédie grinçante,un genre qu'il ne maîtrise pas du tout,qu'il a coécrite avec le dramaturge Fabrice Roger-Lacan et son acteur principal Vincent Lindon.Produite par Eskwad,la boîte de Richard Grandpierre,l'oeuvre se veut visiblement intelligente et sensible mais n'est rien de tout ça.Question mise en scène,on est largement à côté de la plaque avec un Kounen qui essaie piteusement de renouer avec son glorieux passé punk-rock et ce style psychédélique,onirique et subaquatique qui l'a si bien coulé avec "Blueberry".Nous sommes donc gavés de flashbacks mal gaulés de la scène fondatrice,celle de la baignade foireuse des deux personnages lorsqu'ils étaient enfants,censée nous dévoiler petit à petit les raisons de leurs parcours différents et de leurs relations présentes.Ce psychologisme à deux balles traité d'une manière vue et revue au cinéma aboutira au final à comprendre le handicap de l'un,cerveau non irrigué trop longtemps,et occasionnera un twist claqué,l'autre cousin ayant perdu le goût dans l'aventure,ce qui semble être un secret honteux impactant sa vie professionnelle.Ah bon,il est nécessaire d'avoir un haut niveau oenologique pour vendre de la bibine?Première nouvelle!Le fond de l'histoire n'est autre que de nous refourguer une resucée inavouée de "Rain Man",avec l'opposition entre l'affairiste obsédé par l'argent et le neuneu poétique,sauf qu'on est bien loin de la qualité du Levinson.Il y a donc le bien et le pas bien.Pierre est un bourreau de travail obsédé par les bilans comptables et les cours de la bourse,un homme stressé et lugubre qui néglige sa famille et malmène ses employés.Pas bien!Adrien est un écolo-dingo ouvert à ses semblables,qui n'en fout pas une rame et sympathise avec le petit personnel.Bien!Ce festival de la caricature démagogique s'étale pesamment au long d'un récit atone.Il ne se passe pas grand-chose,du moins rien d'intéressant,et l'on suit sans enthousiasme cette leçon de morale niaise,malaisante et gluante,sans inspiration humoristique et vide d'un bout à l'autre.Pierre subit avec une patience stupéfiante,lui qui est supposé être à cran,les couillonnades de son boulet de parent,qu'en tant que spectateur on juste envie de massacrer à coups de fer à repasser dans la gueule.Evidemment c'est le gentil cinglé qui est dans le vrai,évidemment le businessman va comprendre ses erreurs,évidemment ils vont se réconcilier et devenir les meilleurs cousins du Monde,évidemment tout finira bien,dans les embrassades et le succès commercial.Vincent Lindon promène constamment l'air constipé du gars qui aimerait bien démouler un cake mais qui est terrassé par la paresse intestinale et la rupture de stocks laxatifs.Quant à François Damiens,c'est un comédien qui a deux veines.Celle qui l'a révélé et starisé,à savoir le registre du gros beauf à grande gueule,où il est hilarant,et celle du type méprisé pour son physique disgracieux et sa discrétion,qu'il a développée plus tard,sans doute pour échapper aux rôles de la première catégorie et se diversifier.Hélas il n'est pas du tout convaincant dans ces personnages,il y est plutôt insupportable,et il en donne ici une nouvelle preuve.Pascale Arbillot est sans intérêt dans le rôle de l'épouse de Lindon,son personnage étant également inintéressant.Alix Poisson en revanche est excellente en secrétaire dévouée du patron et se hisse enfin au-dessus de son niveau télévisuel dans cet emploi d'executive woman sacrifiant tout au boulot.On a en prime droit à un curieux triple caméo incluant Albert Dupontel,Gaspar Noé et Kounen himself,qui font les fous dans un asile.