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Délicieusement bon !
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le 5 mai 2024
Les OuLipiens l’avait déjà expliqué : la contrainte émancipe l’imaginaire. Lorsque Perec s’interdit l’usage de la lettre e dans La Disparition, où qu’il détermine par un cahier des charges le contenu de chacun des chapitres de La vie Mode d’Emploi, il s’impose un cadre dans lequel l’urgence vitale de créer va débloquer des trésors d’inventivité.
Les contraintes subies par les cinéastes iraniens n’ont malheureusement rien d’un défi ludique pour artiste en mal d’inspiration, mais la nécessité absolue de continuer à s’exprimer reste la même. L’Iran est un immense pays de cinéma, et la persécution de tous les artistes désireux de s’exprimer librement a considérablement affecté sa production. Les tournages clandestins se multiplie, influençant jusqu’à l’esthétique même des films – et, par conséquent, de leur écriture. Caméra embarquée dans un Taxi (Taxi Téhéran), primat accordé aux intérieurs (Les Graines du Figuier sauvage), faux tournage de courts métrages en plan fixe assemblés en un long (Chroniques de Téhéran), les films rivalisent d’ingéniosité et crient avec rage contre le verrouillage idéologique imposé au pays.
Mon gâteau préféré s’inscrit parfaitement dans cette tendance, en relatant, dans la simplicité la plus minimaliste, ce qui pourrait relever de la banalité extrême dans un autre contexte. L’histoire d’une septuagénaire esseulée, se décidant un jour à provoquer le destin en abordant un célibataire de son âge. Rivé à l’intérieur d’une maison, d’un restaurant ou d’une voiture, le récit concentre en des lieux confinés le portrait de deux solitudes qui vont, au fil d’une nuit densifiée par la nécessité et la clandestinité, apprendre à se connaître, vivre ensemble et plus encore.
L’urgence est là : resserrer sur quelques heures ce qui aurait dû prendre plusieurs semaines : parce que le temps est compté, que la voisine vient fouiner, et qu’il n’est plus question de s’offrir le luxe des hésitations.
Une scène subreptice dans un parc avait déjà donné le ton, lorsque la protagoniste interrompt l’arrestation de jeunes filles par la police des mœurs : elle fait alors de son statut, une vieille veuve inoffensive, sa force, et la gardera jusqu’au terme de cette quête courageuse du bonheur. Les menus plaisirs que s’accorderont l’homme et la femme, dans une modestie filmée avec une tendresse délicate, sont d’autant plus touchants qu’ils sont en réalité des coups de boutoir portés au régime : on ouvre sa maison à un homme, on boit, on chante, on danse, on rapproche les corps. On vit, en somme, malgré la morbidité des idéologues, en pour conjurer la mort à venir.
Les cinéastes Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha se sont vu confisquer leur passeport suite à la sélection du film, tourné en secret, à la Berlinale. Ils ne peuvent toujours pas quitter l’Iran à l’heure actuelle.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Fuite du temps, Les meilleurs films sur la vieillesse, huis clos, Iran et Vu en 2025
Créée
le 18 févr. 2025
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