L'une des bonnes surprises de cette édition.
Non pas que le film soit sensationnel mais il possède un scénario riche qui s'amuse à prendre en contre-pied les codes du genre pour mieux nous mettre mal à l'aise sur la condition des créatures qu'on prend bientôt en pitié face à des humains tortionnaires.
Cette misanthropie est ce qui dessert le film puisqu'elle est bien trop martelée et qu'il n'y a pour ainsi dire aucun personnage pour rattraper les autres. Le portrait que Ko fait de la jeunesse taïwanaise est terrifiante bien que non dénuée d'une certaine lucidité, ici radicalisée : égoïste, sadique, voyeur, sans la moindre compassion ou empathie, superficielle, obsédée par les réseaux sociaux... D'un autre côté ça participe à la thématique "les monstres ne sont pas ceux qu'on croient" bien que ça manque de nuances. Les monstres, les "vraies", sont plus pathétiques et se révèlent finalement émouvant et touchant à force de subir les sévices de la bande d'ados. Ils apparaissent comme une métaphore des laissers pour comptes d'une société qui délaisse les fragiles et les démunis cloisonnés dans des immeubles délabrées entre retraités séniles et SDF regroupées dans des parkings à l'abandon.
La critique sociale, qui ratisse large allant de l'éducation à la religion, n'est pourtant pas le cœur d'un récit qui mélange habilement les registres, alternant malaise (les tortures), humour décalé (le papi remettant son costume de résistant), séquence choc (le bus, l'empoisonnement de la prof) et mise en scène ludique à la photo colorée.
Avec une virulence mieux canalisée et quelques minutes en moins, Giddens Ko aurait pu livrer un véritable brûlot passionnant, on se contentera d'une pépite inventive, maîtrisée et audacieuse.