Lauréat de l'oscar du meilleur film étranger en 2005, ce film sud africain n'a malheureusement pas bénéficié d'une distribution importante et reste finalement peu connu dans nos contrées.
Ce film mérite pourtant d'être vu, car s'il recèle quelques maladresses imputables à une équipe de production et un réalisateur pour qui c'était la première réalisation, il fourmille de jolies idées.
Dans un des townships, ces quartiers défavorisés des grandes zones urbaines d'Afrique du sud, où vivent traditionnellement les populations noires et où les drames de l'apartheid restent vifs, on suit Tsotsi, petit chef de bande qui multiplie les délits et s'enfonce dans une violence et un refus de toute autorité ou hiérarchie.
Traumatisé par une enfance faite de violence qui l'a conduit à renier puis oublier son passé, jusqu'à son prénom, Tsotsi désignant un voyou dans l'argot des ghettos, il finit lors d'une soirée bien arrosée par retourner sa violence envers l'un des membres de sa bande, ce qui l'isole de celle-ci et des seuls contacts humains qu'il avait.
Lors de la virée nocturne solitaire qui fait suite à cet épisode, il agresse dans un quartier riche, une femme pour lui voler sa voiture, tandis qu'il s'éloigne avec son butin, des pleurs se font entendre, ceux d'un bébé qui était sur le siège arrière.
S'en suivent alors une série d'événements et d'obligations auxquels pour la première fois de sa vie il devra s'astreindre, nourrir et changer le bébé, ce qui le conduit à solliciter l'aide d'une jeune mère vivant dans son quartier, le loup solitaire prend petit à petit conscience qu'il doit évoluer pour ce bébé, dont il se retrouve chargé par la force des choses. Tout ceci l'emmène à reconsidérer sa place, de fils orphelin et violenté, il devient un père de substitution, pour la première fois la violence comme réponse à la société qu'il rejette n'est plus la solution, il doit composer avec elle, il doit grandir et mûrir, devenir un adulte.
Il finira devant les difficultés croissante que représentent le fait de s'occuper d'un si jeune enfant, par revenir sur les lieux de l'enlèvement pour rendre l'enfant à sa famille où la police l'arrêtera. La dernière image le montrant s'effondrer en larmes, craquant et acceptant qu'il ne soit plus le voyou violent qu'il était mais conscient que cette aventure de quelques jours où il a du prendre soin de cet enfant fut pour lui une sorte de rédemption.
J'ai beaucoup aimé ce film, qui pêche parfois par quelques longueurs, mais évite de tomber dans un pathos trop appuyé, pour souligner avec beaucoup de finesse et de justesse, que si la misère et l'origine sociale peuvent être le terreau d'une violence et d'un chemin de vie chaotique, ceux ci ne sont pas une fatalité et même les cas les plus désespérés peuvent évoluer dans le bon sens.
A découvrir, pour des purs moments d'émotions, de tendresse et de dramaturgie ancrée dans un réel.