Au travers du personnage de Gérard, Jacques Tati propose une caricature de la bourgeoisie qui se veut moderne en accordant toute son attention à l'aménagement et à l'entretien d'une maison fonctionnaliste et design, à l'ostentation de ses derniers achats (comme la voiture du père qui ne peut passer inaperçue ou encore la tenue "marchand de tapis" et les chapeaux extravagants de la voisine) et à l'adoption d'un mode de vie réglé comme une horloge (caractérisé par l'obsession de l'ordre et de la propreté ainsi qu'une routine marquée par le départ à l'école et le travail, les repas et l'émission télévisée intellectualisante le soir).
Tout ce monde au carré est amplifié par les choix de cadrage savamment synchronisés avec plusieurs variations d'un même refrain tout au long du film. J'ai beaucoup apprécié une des premières scène dans laquelle les voitures se succède devant la porte de l'école pour déposer les enfants (la caméra met l'accent sur l'avant de la carrosserie des voitures, le marquage au sol, le mouvement de la barrière du parking). Le monde bourgeois présenté par Tati est un mode mécanique, déshumanisé et hypocritement satisfaisant.
M. Hulot incarne la plèbe. Il est accepté par la famille Arpel uniquement parce qu'il est le frère de Madame et qu'il sera bientôt employé dans l'affaire de Monsieur. L'oncle vient en effet perturber cet ordre néfaste pour insuffler au jeune Gérard un peu de vie, c'est-à-dire de liberté et de fantaisie dans son quotidien. Le monde de M. Hulot est sonore (conversations du marché, canaris qui chantent au soleil, bruits de chantier, vendeur de beignets qui appelle les enfants...), coloré (les habitations sont vétustes mais ont des couleurs plus vives que les résidences bourgeoises au crépi gris) et divertissante. M. Hulot fait rire par ses maladresses et son imagination mise à l'oeuvre pour remédier aux problèmes. Les scènes avec la carafe rebondissante en désaccord avec le verre... en verre, l'allume cigare jeté comme une allumette par la fenêtre ou encore la fontaine qui fuit sont jubilatoires.
Ainsi, pour moi, toute la grandeur du film repose sur l'habilité de Tati à mettre la caméra (choix de cadrage, de montage et de musique) au service de sa critique crue et drôle de la bourgeoise en quête de la modernité.