Anne Fontaine a toujours étrangement balancé entre drames intimistes assez malsains et comédies franchouillardes. A la manière de Gus Van Sant. Mais la comparaison s’arrête là car Fontaine, contrairement à son homologue américain, ne réussit pas dans le second domaine. Alors certes il y avait bien eu le subtil et délicieux Gemma Bovery où Luchini tordait avec perversité le mythique roman de Flaubert. Mais ce Pire Cauchemar, à la tête d’affiche et à l’intrigue sociale prometteuses déçoit pourtant nettement. Si le pari est tenu au départ, avec un Poelvoorde bien beauf et belge et une Huppert bien froide et bourgeoise comme on les connaît, la rencontre explosive sur fond de collision sociale, observée avec recul par le discrètement complice André Dussolier, réserve d’étranges aberrations scénaristiques qui ruinent l’intention de départ. On retient notamment une scène où Huppert parvient, pour, peut-être, la seule fois de sa carrière, à être mauvaise, la faute à une pirouette de script totalement improbable (la froide et distante bourgeoise craque soudain et exprime en larme son amour pour le beauf et alcoolique belge). La seconde partie du film se perd donc à tenter de faire tenir debout cet incroyable mélange social, là où le début se limitait à une simple amitié bien plus crédible et touchante (Huppert, bourrée, se marrant fort dans sa galerie d’art). Heureusement, Anne Fontaine évite à son film une conclusion trop absurdement heureuse et se garde bien de délivrer un message prônant la mixité sociale ce qui, dans un film si moyen, aurait été la cerise sur le défaut.