Sourires de façade au pays des merveilles

Sa jolie association d'influences fait de Mona Lisa une bobine plus que particulière. Association tellement improbable sur le papier qu'elle étonne parce qu’elle prend la forme d’une belle réussite à l’écran. D'une ambiance typée film de truands à l'ancienne lui permettant d'introduire George, loser attendrissant, fraîchement sorti de taule après 7 ans d'absence, Neil Jordan s'adonne ensuite à une étude de personnages très complète pour enfin l'orienter vers le thriller pur et dur. George passe alors de simple chauffeur à justicier d’un jour, poussé à agir par des horreurs qu'il ne peut faire mine d'ignorer.

Horreurs qui prennent la forme d’un conte pour enfant épuré de tout son côté moralisateur et féérique. Dans Mona Lisa, Neil Jordan détourne les codes des gentils films hollywoodiens pour en faire des miroirs d’une décadence habituellement dissimulée sous un tapis doré. Lorsque la jolie Simone, Call girl de luxe, jouant du béguin de son chauffeur au cœur tendre, le relooke façon Richard Gere au féminin, on se doute que ce n’est pas par amour. Quand les prostituées mineures demandent une glace au lieu d’un thé, on comprend par la suite que ce n’est pas un caprice innocent d’enfant. Quand Gorge parvient à accéder à la requête de sa protégée, il n’est pas question de gratitude, encore moins d’amour partagé. Dans le film de Neil Jordan, lorsqu’une carte semble construire un bonheur potentiel, on peut être certain qu’elle va finir par en provoquer l’écroulement. Mona Lisa, c’est Alice au pays des merveilles en version trash —le lapin se fait l'écho direct du conte—. Lorsque les jeunes filles s’égarent d’un sentier balisé jusqu’à tomber au fond du terrier, c’est dans un univers peu hospitalier qu’elles atterrissent, au grand plaisir de l’antipathique Mortwell, rendu détestable au plus au point par un Michael Caine impérial, comme toujours.

Film désenchanté, offrant à Bob Hoskins certainement l’un de ses plus jolis rôles, Mona Lisa se fait la vitrine d’une enfance malmenée dont la représentation à travers deux personnages fait état des dommages immédiats —Cathy— et à long terme —Simone— de leurs noirs destins. Mais Neil Jordan n’oublie pas pour autant de relativiser son propos par un troisième portrait, celui de la propre fille de George, surprotégée par sa mère, qui souhaite laisser une chance à son père de faire à nouveau partie de sa vie. En choisissant de finir volontairement sur cette image de la fillette enlaçant George et son meilleur ami, il contrebalance la noirceur du propos qu’il a développé jusqu’alors, pour nous permettre une petite respiration après l’oppressante et poisseuse balade à laquelle il nous a conviés.
oso
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le 9 août 2014

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