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le 8 mai 2011
Ce film occupe une place particulière dans mon cœur.
Pas seulement pour ce qu’il raconte, mais aussi pour ce qu’il a animé en moi.
Très jeune, j’ai été fasciné par la Mongolie. Par ses vastes steppes, son peuple nomade, sa culture, son histoire, ses légendes.
J’ai quelques années après la sortie du film, realiser mon rêve d'enfant, de vivre comme un nomade : un tour du monde qui durera sept ans
J’ai ainsi vécu pendant quatre mois en Mongolie :
- Un mois à Oulan-Bator, accueilli par une famille.
- Deux mois en pleine steppe, avec une famille nomade.
- Et un dernier mois, seul, à travers le pays, à marcher, chevaucher, observer, écouter.
Alors forcément, Mongol n’est pas pour moi qu’un film.
Dès les premières minutes, j’ai su que ce ne serait pas un simple film de guerre ou d’action.
La lenteur, la contemplation, les silences, tout sonnait juste.
Et rétrospectivement, tout cela ressemble profondément à ce que j’ai ressenti là-bas.
Le film s’appuie, entre autres, sur L’Histoire secrète des Mongols, un texte fondateur rédigé après la mort de Gengis Khan par des proches de sa lignée.
Un récit mêlant faits, poésie, mythe et légendes. Et Sergei Bodrov y puise avec finesse.
Il choisit de raconter Temudjin avant Gengis : l’enfant, la fuite, le jeune homme, l’exilé.
L’homme façonné par la trahison, la fidélité, l’amour, la solitude.
Et surtout, le film prend le temps.
Il épouse la perception mongole du monde : un rythme lent, cyclique, ouvert.
Lorsqu’on m’a accueilli à Oulan-Bator, moi qui ne suis jamais en retard, une des premières choses qu’on m’a dites, c’est :
« Le temps n’existe pas vraiment chez les nomades. Il passe, c’est tout. »
Et Mongol filme ce temps-là.
C’est donc bien plus qu’une fresque historique.
C’est autant une ode à Temudjin qu’un hommage à la philosophie de vie mongole.
Au début du film, on plonge dans le lien qui unira Temudjin et Börte.
Et sincèrement, cette relation reste à ce jour l’histoire d’amour cinématographique qui me touche le plus.
Leur début, fort et pourtant maladroit, à cause de leur jeune âge.
L’abnégation, la résilience de Börte face à la vie de Temudjin.
Le respect, la loyauté inébranlable de ce couple.
Rien qu’en l’écrivant, j’en ai des frissons.
Très vite, on est confronté à la dureté de la vie entre les clans mongols.
La captivité du jeune Temudjin, trop petit, littéralement, pour être tué.
Et sa fuite, dans l’immensité des steppes… jusqu’au premier moment poético-mystique : cette rencontre silencieuse face au loup.
Un loup qui le libère.
Un loup, animal sacré pour les Mongols, qui deviendra son animal totem, symbole de son lien avec les esprits, emblème officieux de Gengis Khan : le Loup Bleu.
Puis vient le lien avec son frère de sang.
Deux jeunes garçons, deux destins, deux chefs de clan puissants aux idéaux différents.
Mais un respect profond subsiste, qui offre au récit l’un de ses moments les plus forts : la libération de Börte, capturée durant plusieurs années.
Et Börte, loin d’être une "Princesse Peach", plante elle-même le couteau dans la gorge du dernier opposant.
On la retrouve enceinte.
Temudjin, sans hésiter, accepte cet enfant comme le sien.
Un geste fort, immense, loin d’être anodin à l’époque, et d’autant plus noble dans ce monde rude.
Puis arrive la capture de Gengis Khan.
Ou plutôt, de Temudjin, car à ce moment-là, il n’est encore qu’un homme en chemin vers son nom.
Et cette fois, c’est Börte qui, sans hésitation, chevauche seule à travers les étendues brûlantes et hostiles, traverse le désert pour aller chercher celui qu’elle a choisi, enfant, sans jamais faillir.
Elle affronte le sable, la soif, le doute.
Elle brave la guerre des clans, les regards d’hommes qui ne croient pas qu’une femme puisse ainsi défier la peur.
Elle sacrifiera une partie d'elle-même pour arriver à destination.
Elle n’y arrivera pas par la force, si ce n’est celle de l’esprit.
Par la fidélité. La constance. L’amour sans condition.
Cette séquence, dans le film, est presque silencieuse. Pas d’explosion. Pas de grand discours.
Mais tout y est.
La force douce de Börte.
Le regard de Temudjin, abîmé, reconnaissant.
Et cette certitude : c’est ensemble, ou rien.
C’est aussi là que naît quelque chose de plus grand.
Temudjin cesse d’être seulement un homme traqué, un survivant.
Il devient celui que les autres vont suivre.
Pas parce qu’il est le plus fort.
Mais parce qu’il a souffert, aimé, chuté — et qu’il revient debout, grâce à elle.
Avant que Börte ne vienne sauver Temudjin, il y a ce moine.
Un personnage frêle, mais avec de la compassion, ce qui est rare dans ce monde.
Temudjin est alors captif, avec un panneau expliquant : L'homme qui voulait détruire notre pays.
Temudjin demandera au moine de traverser le désert pour apporter un objet, lié à leur enfance, à Börte.
Le voyage est long, périlleux. Le moine accepte.
Sans cheval, dans cette immensité rude, juste avec sa foi et la promesse d’un homme.
Avant son départ, le moine lui fait demander :
« Si un jour tu deviens puissant, promets-moi de ne pas brûler notre monastère. »
Temudjin répond alors simplement :
« Je ne sais pas lire. »
Et pourtant, il promet.
Cette scène, discrète en apparence, est d’une richesse symbolique immense.
Temudjin, à ce moment-là, n’est pas encore un conquérant.
Il ne lit pas, il ne s’inscrit dans aucune tradition écrite.
Mais il comprend la valeur des choses invisibles.
D'ailleurs, dans l’Histoire, au milieu de ses conquêtes, il est reconnu pour avoir toujours respecté les croyances et le savoir des peuples.
Et plus tard, quand le monde s’embrase sous ses pas, et qu’il devient le conquérant que nous connaissons, le film nous montre que le monastère est resté intact.
Temudjin a tenu parole.
Pas par intérêt.
Mais par respect d’une promesse ancienne, faite alors qu’il n’était encore qu’un homme brisé.
Ce geste, silencieux, fait écho à toute la trajectoire du personnage.
Il a conquis des royaumes, rasé des cités, marqué l’Histoire.
Mais il a préservé un lieu d’écrits, lui qui ne savait pas lire.
Puis vient le buildup final, la bataille entre les deux frères, pour savoir qui sera Khan.
Et dans cet arc épique, le côté stratège de Temudjin est mis en avant, tout comme une conclusion poétique, liée à Tengri, le Dieu du Ciel.
Celui que tout Mongol craint.
Sauf Temudjin.
Lui, qui a grandi en exil, en cavale, exposé au froid, à la faim, aux trahisons, n’a plus peur des éléments.
Il les connaît. Il les a traversés. Il les porte en lui.
Et c’est ainsi que, durant la bataille, épaulé par la force de Tengri, il deviendra le Grand Khan.
Gengis Khan.
Le film se conclut alors sur quelques règles simples mais puissantes, posées comme les fondations d’un empire nouveau :
- Ne jamais tuer les femmes et les enfants.
- Toujours honorer ses promesses et rembourser ses dettes.
- Ne jamais trahir son Khan.
Un code moral brut, mais limpide.
Lui qui a tout traversé a unifié son peuple sous une bannière.
Il sera le conquérant du plus grand empire.
Mais cette histoire, tout le monde la connaît.
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