Je ne savais pas trop à quoi m'attendre face à ce film, réalisé par Barry Jenkins et sorti en 2016, mais face à tous les prix qu'il a raflé et à sa note spectateurs/presse particulièrement élevée, c'était un peu un passage obligé, même si je n'aime pas trop non plus ne me fier qu'à ce genre d'éléments. Mais bref, quand même curieux de voir un film mêlant questionnement sur la sexualité et violence des ghettos américains, j'y suis quand même allé et j'ai donc été très agréablement surpris !
Même si j'avoue avoir eu du mal à accrocher à la première partie - le film étant divisé en trois chapitres : l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte - sur Chiron enfant, j'ai mis du temps à comprendre où le film voulait vraiment aller et trouvait qu'il abordait un peu tout et n'importe quoi en même temps. Mais c'est en réalité une première partie nécessaire pour bien comprendre la suite et surtout pour correctement cerner le mode et le contexte de vie de cet enfant qui va se construire principalement dans la violence et le rejet. Violence et rejet qui ne vont d'ailleurs pas cesser à l'adolescence mais au contraire s'intensifier, de même que le questionnement sur la sexualité.
Thème qui parait d'ailleurs effacé, en retrait par rapport au reste même si c'est encore une fois nécessaire. Pour le faire grossièrement, on est un peu dans un hood movie, genre très populaire dans les années 90, mais avec en plus ici cet aspect LGBT qui n'était certainement pas présent dans les films de l'époque qui se concentraient avant tout sur la représentation violente mais malheureusement réaliste de ces ghettos régis et habités par des gangs afro-américains. Bref, c'est donc dans cette ambiance que baigne le film, Chiron a par ailleurs une mère droguée et trouve refuge chez le dealer de cette dernière ; difficile de se construire avec tout ça.
Et c'est justement là qu'intervient cette homosexualité latente, qui n'est jamais abordée de manière frontale mais beaucoup plus subtilement au travers le parcours d'un enfant marginal qui doit évoluer en se pliant aux règles de la société et, la société pour lui, c'est donc le quartier. C'est ainsi que s'endurcir à tout prix et chercher à devenir quelqu'un d'autre au lieu de chercher à être soi-même n'est plus une option, c'est tout simplement une technique de survie ; même si le pote de Chiron a prouvé que l'on pouvait s'écarter de ce milieu, non sans difficulté.
Dans le film, tout est en retenue, si bien que le silence en devient un personnage à part entière ; les non-dits étant beaucoup plus éloquents que les dialogues. De même que pour les regards qui sont particulièrement parlants, autant gamin quand il regarde sa mère qu'adolescent quand il se fait frapper qu'adulte dans la scène du restaurant, d'ailleurs très émouvante.
Il en est de même pour la mise en scène, tout en retenue, qui sait capter ces non-dits, ces moments magiques (la scène de la plage, le cours de natation, les moments avec Teresa, la fin etc.) autant que les moments les plus violents (la scène de la chaise, les scènes avec la mère défoncée, le harcèlement etc.).
"Moonlight" est donc un film très riche qui dit beaucoup plus qu'il ne montre et qui a, à mon sens, mérité tous ses prix et critiques élogieuses.