Frank Bigelow,expert-comptable près de Palm Springs,en Californie,décide sur un coup de tête de s'offrir quelques jours de vacances à San Francisco,au grand dam de sa secrétaire et petite amie Paula.Arrivé à l'hôtel le type,qui est un dragueur compulsif,s'empresse de chasser la grognasse et ne tarde pas à sympathiser avec un groupe de représentants de commerce en goguette qui l'emmènent en boîte de nuit.Pendant qu'il est occupé à chiner une gonzesse,un mystérieux individu échange son verre pour un autre qui contient un non moins mystérieux liquide.Le lendemain,Franky la Trique se sent tout patraque et se rend à l'hosto,où on lui révèle tout de go après examens qu'il a avalé un poison mortel,la toxine luminescente,et qu'on ne peut plus rien pour lui car ça fait trop longtemps qu'il l'a ingéré.Il est donc devenu à l'insu de son plein gré un mort en sursis,et pour occuper utilement le peu de temps qu'il lui reste à vivre,il décide d'enquêter afin de découvrir le coupable de ce forfait,ce qui s'avère compliqué car il ne voit absolument pas qui pourrait lui en vouloir ni pourquoi.Ce film noir de série B est devenu à juste titre un classique du genre tant il est inventif et bien conçu,au point qu'il a donné lieu à deux remakes,"Color me dead",film australien d'Eddie Davis sorti en 69,et le "Mort à l'arrivée" de 88,réalisé par Annabel Jankel et Rocky Morton.Cet opus original est réalisé par Rudolph Maté,grand chef-opérateur qui a aussi accompli une belle carrière de cinéaste dont le principal fleuron est un autre polar,datant également de 1950,"Midi,Gare Centrale",qui reconstituait un an après le couple de "Boulevard du Crépuscule" William Holden-Nancy Olson.Malgré le budget modeste de ce "D.O.A." produit par le bisseux Leo C. Popkin,l'équipe technique est de qualité avec à la photo Ernest Laszlo,chef-op attitré de Robert Aldrich et Stanley Kramer,et rien moins à la musique que Dimitri Tiomkin,alors que les scénaristes sont Russell Rouse,qui fut aussi un bon réalisateur,et Clarence Greene.Maté emballe brillamment cette histoire avec des mouvements d'appareils fluides et élégants s'arrangeant de toutes sortes de décors,qu'ils soient diurnes ou nocturnes.Il y a des appartements,des bureaux,des chambres d'hôtel,mais aussi une usine de banlieue désaffectée où se déroule une palpitante poursuite assortie d'un gunfight,des hôpitaux où on assène au héros la triste vérité,avec en point d'orgue la célèbre scène qui voit un toubib éteindre la lumière pour montrer à Frank le poison dont la fluorescence est bien visible dans le noir.Il y a aussi des extérieurs admirablement utilisés des rues en pente de San Francisco avec leurs tramways ou d'un Los Angeles nocturne où a lieu une cavalcade-fusillade se terminant dans un magasin plein de monde.Ce que réussit surtout Maté est le rythme parfait qu'il imprime à sa narration.C'est rapide,c'est haletant,mais sans jamais tomber dans la précipitation,le tout étant soutenu par la partition dynamique et inspirée de Tiomkin.Et puis il y a ce scénario d'une originalité folle.La structure est très classique,avec le héros intrépide qui enquête,la gentille secrétaire amoureuse,les femmes fatales,les mauvais garçons et le chef de gang impitoyable,mais ce récit traditionnel est bouleversé dans la mesure où le personnage central devient détective malgré lui et doit agir dans l'urgence,devant trouver son propre assassin dont il ne sait rien,ce qui engendre une enquête sous pression qui n'aboutira à aucun happy-end,la seule satisfaction de Bigelow étant de connaître la vérité avant de mourir et de voir son meurtrier clamser avant lui.Par contre,comme souvent dans le film noir,l'intrigue est embrouillée au point qu'on ne comprend pas toujours grand-chose à ce mic-mac confus à base de trafic d'iridium et de contrat disparu.En revanche il y a pas mal de protagonistes et de fausses pistes,ce qui fait agréablement rebondir l'histoire et permet d'ignorer jusqu'au bout qui est le coupable,étant donné que les vrais suspects ne sont pas forcément les plus évidents.Le casting est formé de seconds couteaux qui dans l'ensemble se défendent très bien.Ce n'est hélas pas le cas de la vedette Edmond O'Brien,qui a fait une longue carrière de deuxième plan et tient là un de ses rares emplois d'acteur principal.Pas très juste,un peu bouffi,il peine à imposer son personnage d'enquêteur condamné,d'autant que Bigelow apparait comme un gros con désagréable et queutard.Les autres sont par contre excellents,on a des figures marquantes telles que Luther Adler,suave en gangster distingué,ou Neville Brand,le Al Capone de la série "Les incorruptibles", qui a bien la gueule de l'emploi en brute sadique.Les filles sont jolies et jouent bien,à l'image de la blonde Pamela Britton,émouvante en secrétaire dévouée, ou la sexy brunette Laurette Luez en fille facile complice des truands.