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le 10 juin 2015
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1-Une construction circulaire
Revenir de façon réflexive sur la narration de ce film s’avère étonnamment simple : un compositeur découvre son homosexualité mais ne parvient jamais à l’exprimer. Au long du visionnage, les moments de confrontation restent virtuels, esquissés par le songe ou avortés par le silence et le retour perpétuel du même : un plan large sur Tadzio souriant puis tournant les talons.
Cette simplicité de structure laisse toute sa place au symbole, macabre le plus souvent. Ces apparitions suivent d’ailleurs un gradient décroissant de surréalisme : on pense notamment au vénitien méphistophélique et fardé de blanc qui accueille Gustav à Venise (une silhouette quasi-fantastique), ou du passeur aux allures de Charon (immédiatement disparu) puis à la danse macabre des artistes de rue (nettement plus ambiguë), au mendiant qui s’écroule à la gare (et qui intègre de plein fouet ces visions dans le réel), et enfin, au visage fardé et décharné de Ludwig dans sa dernière tentative de séduction, qui culminera dans l’actualisation de sa propre mort.
Dans la forme la plus cyclique possible, bouclée par la position assise de Ludwig face à un horizon pastel, la seule progression perceptible aura donc été celle du symbole funeste.
2-Une réalisation coulée pour un personnage bovaryste
À l’origine de cette stagnation et de la permanence d’un aveu échoué, se trouve le bovarysme de Ludwig von Aschenbach. De bout en bout, la caméra met en évidence, de façon accablante, le décalage entre les aspirations velléitaires de Ludwig et leurs expressions réelles.
Ainsi de la coupure, à l’issue du petit déjeuner, qui retourne la caméra du visage angélique de Tadzio vers la mine défaite et moite de Gustav, qui ne balbutiera son amour que trop tard, sans audience si ce n’est la nôtre. De façon tout à fait ironique, le point d’orgue de l’intrigue correspond au départ avorté, non provoqué, mais accepté par Gustav, qui laisse la place à un plan flottant, caméra à l’épaule embarquée sur un canot. De là le contraste violent entre l’absence totale d’autodétermination et la félicité affichée dans le songe et la projection d’un amour pourtant lointain.
De façon très romantique et baudelairienne, l’inadéquation entre l’état d’âme et le réel est finalement donnée à voir dans la ville. C’est ce qui ressort du tilt vers le haut qui lie le reflet lisse des canaux, où Gustav attend, comme de marbre, la famille de Tadzio passant par là, et la vision directe de Venise en feu et de Gustav défaillant et mortifié.
3-Un manifeste esthétique
Si bien que, dans cette intrigue plate et cette réalisation fluide, le seul relief textuel et visuel qui soit fourni l’est par le biais du récit enchâssé.
Le plan fixe final sur Tadzio, immergé jusqu’aux genoux dans une lumière rasante, constitue le coup de pinceau final de Visconti. Cette beauté purement sensitive (et sensuelle) de l’œuvre fait écho aux dialogues entre Gustav et son ami - les seuls qui soient substantiels d’ailleurs. À travers le débat des deux musiciens transparaît le manifeste de Visconti sur cet art dépourvu de paroles et d’intrigues, dont le dénouement se fait dans le plus parfait dénuement.
Une façon éloquente de répondre à la tension apparente entre l’art et le standard, le beau et le rationnel, et la tentative de trouver un commun qui ne soit pas médiocre.
Créée
le 24 nov. 2025
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