Je tiens là mon prix du public de cette édition 2026 de Gérardmer (Grand Prix du festival mérité) et pourtant, il ne faisait vraiment pas partie de mes favoris. J'y allais sans trop de convictions.
Mais à la sortie de la salle, j'étais véritablement conquis par ce film profondément dérangeant qui ne convoque pas l’horreur là où on l’attend. Ici, pas de monstres tapageurs ni de mécaniques de peur démonstratives. Mother’s Baby s’attaque à une terreur bien plus sournoise : celle du quotidien bouleversé, celle de l'inconnu qui fait voler vos certitudes, celle de la maternité dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus vertigineux.
Le film traite avec une justesse troublante de la difficulté de devenir mère. Tout sonne vrai des gestes aux inquiétudes. Mais très vite, une question s’insinue, lente mais corrosive, une question qui ne quittera plus jamais l’héroïne - formidablement incarnée par Marie Leuenberger - et le spectateur, une question dont on se passerait bien dans cet ouragan que sont les premiers jours de parentalité : Est-ce réellement mon bébé ?
C’est là toute la force du film. Cette pression supplémentaire qui laisse planer le doute, en permanence, et nous plonge dans une perte de repères progressives aux côtés de l'héroïne, de son couple et de son entourage. Le récit épouse l’état mental de cette mère, chef d'orchestre à la ville, qui semblait jusqu'alors en plein contrôle de sa vie. Mais elle vacille, elle doute, elle s’épuise, au point de devenir presque étrangère à ses proches. Est-ce la fatigue ? La dépression post-partum ? La peur ? Ou autre chose, de plus indicible encore, de presque inconcevable ?
Mother’s Baby avance sur cette ligne de crête entre lucidité et folie naissante, exploitant avec une intelligence redoutable tout ce que la maternité nouvelle peut avoir d’angoissant, d’inhumain même. Le film ose montrer le pire, sans jamais juger : la solitude, la dépossession de soi, la peur de l’inconnu mêlée à celle de l’erreur irréversible.
Et puis vient le final. Longtemps contenu, le fantastique, jusqu’alors suggéré, murmuré, finit par surgir. Non pas comme une révélation tapageuse, mais comme une délivrance macabre, une sorte d’ode sombre et débordante d'amour à la maternité, à ce lien sacré entre une mère et son enfant. Une conclusion qui donne enfin forme à l’angoisse.
Johanna Moder qui a présenté son film comme une histoire d'horreur sème le doute avec une précision chirurgicale en s’appuyant sur tout ce qui rend cette période fondatrice si difficile, si violente parfois - la peur de l’inconnu, celle des doutes, celle de la découverte, des expériences - en y ajoutant une touche diffuse de fantastique bienvenue.