J'ai toujours apprécié le style particulier de László Nemes, mais ce film, je ne voulais pas aller le voir.


D'une part parce que je considère que la figure de Jean Moulin est chose particulière, et d'autre part parce que Gilles Lellouche lui prêtait ses traits (la ressemblance n'est pas flagrante). Alors quand, en plus, en discutant avec les autres spectateurs qui venaient de voir la première projection, j'ai appris que le film se déroulait sur une période bien précise, c'est à dire les derniers jours de liberté de Jean Moulin puis son arrestation et sa torture, il était hors de question que je me plonge dans ce qui s'apparantait à une curiosité morbide.


Mais finalement, je n'avais le choix qu'entre deux séances : Garance ou Moulin. J'ai choisi Moulin, laissant le bénéfice du doute à Nemes. Et je peux vous assurer que j'ai bien fait, rarement ai-je vécu une séance de cinéma aussi intense.


Je ne dirai rien sur la photographie, ni le rythme, ni la musique, qui ont toujours été la marque caractéristique de Nemes, que l'on aime ou que l'on déteste. Bien que contrairement à ses précédents films, le spectateur ne voit pas le temps passé.


Le film se divise en deux parties à peu près égales, d'un côté les derniers jours de Moulin à Lyon, la réunion, les codes, la Résistance. Peu de choses inventées, et l'on s'habitue lentement à la figure de Lellouche. Il ne ressemble peut-être pas à Moulin, mais il l'incarne avec déférence, et c'est tout à son honneur.


La seconde partie en revanche... Qui se trouvait avec Moulin dans la prison de Montluc pour savoir ce qu'il s'est réellement passé ? Le réalisateur nous offre son propre point de vue, mais loin d'être morbide, ou irrespectueux, loin de transformer la souffrance en spectacle, Nemes cherche avant tout à plonger le spectateur dans le même état psychologique que son personnage. Beaucoup est suggéré, rarement montré, et c'est précisémment ce qui rend les scènes éprouvantes. Gilles Lellouche, encore une fois, fait preuve d'un beau talent. La figure du héros, sans être sacralisée, reste intacte, belle et impressionnante. Nous souffrons avec lui, avec eux... À tel point que je voulais partir, et finalement j'ai croisé le regard de ma voisine de siège, aussi torturée que moi, et nous nous sommes sourri, pour nous rappeler que nous étions ici et non là-bas.


Les scènes avec Barbie, enfin, sont riches, intenses. Elles prennent certainement des libertés mais cela n'enlève rien à l'histoire, portée par un casting qui ne démérite pas, loin de là, entre Lars Eidinger et Louise Bourgoin.


Pour résumer, je trouve que Moulin se glisse parfaitement dans le cru 2026 des films consacrés à la Seconde guerre mondiale en France que le cinéma nous a proposé cette année, après De Gaulle, des Rayons et des Ombres, ou même Notre salut, voici un autre pan de notre Histoire, conté de manière à nous rappeler sans (trop) juger.


Le film demande cependant au spectateur une dose de courage, car on ne sort pas indemne de ce visionnage.

Mathilde_Andreis
8

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il y a 2 jours

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