Le titre du film peut évoquer une affiche célèbre de Toulouse-Lautrec ou bien encore le lieu emblématique où le peintre a puisé son inspiration. C'est un titre peut-être plus inspirant que "Toulouse-Lautrec"; car, on ne s'y trompe pas, le film de John Huston est avant tout une biographie, d'ailleurs très convaincante, de Lautrec.
Certes, ce haut lieu du pittoresque parisien et de la Belle Epoque, le french cancan et les bistrots de Montmartre font partie intégrante du film et sont les décors incontournables de la vie et de la création du peintre. Mais le principal intérêt se trouve ailleurs, précisément dans le portrait de Lautrec qui, dépassant la simple légende, exprime une vraie dimension humaine. Lautrec n'est pas seulement peintre, il est aussi ce petit homme boiteux dont les terribles complexes détermineront à la fois la réussite de son œuvre et l'échec de son existence.
Peintre du mouvement sensuel, de la danse et d'une certaine idée du plaisir, Lautrec exprime devant la caméra de John Huston une image du gai Paris dont son infirmité le prive et le contraint à n'être que le témoin. Le portrait que le cinéaste fait de cet homme parfois irascible et cynique par désespoir est vrai, émouvant. José Ferrer fait une composition remarquable, dont on peut dire, au propre comme au figuré, qu'elle l'a mis sur les genoux.