Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?
Car ce film est un cadeau. Du plaisir pour les oreilles et pour les yeux (Jared Leto quand même!)
Il répond à une question que nous nous posons tous au moins une fois dans notre vie : Qu'en serait-il si j'avais pris ce chemin? Le film s'appuie sur cette question avec brio, nous montrant les conséquences que peuvent avoir les choix, importants comme insignifiants, sur notre destin. De là, se développent en s'entre-mêlant toutes les trames du film.
Certes, c'était gagné d'avance. Toutes les composantes de Mr Nobody garantissent au spectateur un plaisir sans fin, en reprenant les classiques en matière de photographie ( l'homme à plusieurs ombres), de musique ( Andrew's sisters, Otis Redding, Pixies...) et de cinéma ( l'effet papillon )... Mr Nobody joue donc sur un maximum de tableaux et crée le Beau. Le soucis d'esthétisme de Van Dormael, jusque dans les moindres détails, est découvert et redécouvert à chaque visionnage.
Quant à la symbolique, elle est très présente dans l'œuvre même si elle n'y est peut-être pas très originale : les chemins de fer pour symboliser le choix, les vases cassés pour la rupture... Mais c'est une recette qui marche.
Le choix des couleurs y est très significatif : le rouge, symbole de la passion accompagne Anna. Le jaune, renvoyant à la réserve, le retrait, suit de la même façon Jeanne, et enfin le bleu pour la triste et dérangée Elise.
Ces trois couleurs plus que dominantes dans le film collent non seulement aux personnalités des trois amours de Nemo, mais également à l'atmosphère des scènes. Telles des fils conducteurs, elles nous donnent des indices pour s'y retrouver dans le film ( tapisseries, objets, couvertures..) quand on commence à se perdre.
La bande son de Mr Nobody est également remarquable. De la même façon que les couleurs, chaque femme de la vie de Nemo est identifiée à un morceau. De l'opéra au rock en passant par les vieux tubes des 90's et de magnifiques compositions à la guitare de Pierre Van Dormael, Mr Nobody ne serait rien sans musique!
Pour ne rien gâcher, les acteurs qui gravitent autour de l'omniprésent Jared Leto sont tout simplement brillants.
Bon, les retours en arrière sont nombreux, et le film jongle sans arrêt entre 3 époques de la vie de Nemo, ainsi qu'entre les résultantes de ses choix. Avec ses airs d' Eternal sunshine, on peut se sentir un peu égaré par l'effusion d'évènements incohérents mis bout à bout pendant 2 heures et demi. Mais tous les indices éparpillés proposent un mode d'emploi, une grille de lecture à ce rubik's cube de perspectives.
D'accord, les dialogues sont parfois un peu naïfs et redondants. Mais ils s'inscrivent dans la logique privilégiée ici, celle de l'esthétique.
Et qui peut rester de glace devant l'histoire passionnée de Nemo et d'Anna ?
De plus, si le film paraît léger, il est plutôt lourd de sens, devant le poids des décisions que notre héros doit prendre. Et n'oublions pas que dans la majorité des possibilités qui s'offrent à lui, Nemo est de toute manière condamné. Et tiens, peut-être viens-je de découvrir la morale de l'histoire : ce n'est pas l'issue qui compte mais le chemin qu'on a emprunté pour y parvenir !
Pour finir, je dirai qu'on n'est pas obligé de tout comprendre et tout décortiquer pour apprécier le film. N'oubliez pas de vous munir de votre regard d'enfant, et émerveillez vous de la beauté de la production de Van Dormael. Car ce film est avant tout un jeu, une cour de récré!