J'ai eu le sentiment, durant tout le film, de moins retrouvé du Claude Chabrol que du Jean-Patrick Manchette. Adapté par lui-même de son roman éponyme, Nada transpire de l'esprit de l'écrivain. Son ton cynique, sa personnalité de libertaire, de gauchiste désabusé, et surtout sa plume acerbe, sa manière de dépeindre des personnages en bout de course et d'écrire des dialogues aussi direct que percutant, tout est là.
Et le sujet s'y prête, parce que si le film fait un portrait pas bien reluisant de ses « héros » (un groupe d'anarchistes jamais vraiment sur la même longueur d'ondes, tantôt grandes gueules, couards, naïfs, perdus, inconséquents ou juste là pour le frisson), ce qu'il est dépeint des autorités est tout aussi réjouissant, entre un ministre qu'on dérange dans son petit confort et des flics parfois bien cons, avec au milieu, un Michel Aumont super en commissaire qui vire full fasciste. Parce que oui, il y a le casting, avec cette sacré trogne de Maurice Garrel, Lou Castel (d't'façon, à cette époque, quand il y avait un rôle de mec d'extrême gauche, c'était pour lui) Michel Duchaussoy et le grand Fabio Testi.
Bref, ce n'est certes pas un grand Chabrol, et c'est pas non plus un film qui pourrait prendre une dimension historique dans son traitement de ces mouvements politiques, mais c'est un vrai film malpoli, sale gosse, qui renvoie tout le monde dos à dos (comme le signifie bien ce qui sert de monologue final au personnage de Testi) avec pour morale à lui de s'en moquer. Et il a bien raison.