En 1943, écrit Olivier Wieviorka dans Histoire totale de la Seconde guerre mondiale, les soldats de l'Axe sont contraints de relâcher leur répression des populations civiles soviétiques, puisqu'ils doivent désormais compter avec elles pour survivre.
En effet, la bataille de Koursk à l'été 1943 met un terme aux espoirs d'une victoire à l'Est. En 1941, les Allemands ont imposé leur présence aux pays de l'Axe pour s'en servir dans leur offensive contre l'Union soviétique. Contre la volonté d'Hitler, plusieurs d'entre eux ont joints leurs forces armées aux siennes : l'Italie, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie. Le tsar Boris II de Bulgarie refusa quant à lui de mener son peuple à la guerre.
Roumains et Italiens, manquant de tout, y compris de nourriture, se sont fait étriller lors des offensives de l'hiver 1942-43 qui ont permis l'encerclement de Stalingrad. La situation des alliés d'Hitler, n'ayant pas, loin s'en faut, l'industrie et l'outil militaire adéquat pour une telle entreprise, n'était donc pas au beau fixe. Sorte de Requiem pour un massacre inversé, adoptant le point de vue des bourreaux et non plus des victimes, Natural Light évoque l'histoire de quelques soldats hongrois (dont le personnage principal semble faire partie d'un détachement de reconnaissance de cavalerie à cheval, autre aspect original du film) devant mener la lutte contre les partisans à l'arrière.
Epuisés, terrifiés, nerveux, les Hongrois errent tristement dans une nature sauvage qui semble absorber toute trace de présence humaine, laquelle apparaît presque de façon insolite au milieu des bois et des marécages. La photographie, superbe, magnifie la beauté âpre et dure de cette nature inculte et peu généreuse dans le grisâtre-marronnâtre de l'hiver, tout autant que les figures de soldats désabusés, inquiets, apeurés, incrédules dont l'uniforme brun se perd dans le brun du paysage et le visage tiré sous l'ombre des vieux stahlhelm de la feu armée austro-hongroise de 14-18.
Le propos est assez ardu, très peu contextualisé ; le film est assez difficile à suivre, il y a peu de dialogues, peu d'indications historiques pour guider qui n'a pas les connaissances nécessaires à mobiliser. Le rythme est lent, la photographie contemplative, très sombre, ce qui n'en rend pas le visionnage aisé par ailleurs. Le propos n'en demeure pas moins d'une grande force de suggestion. Suivant un réserviste déjà bien trop âgé pour endosser l'uniforme, les mécanismes des crimes de guerre semblent implacablement s'enclencher d'eux-mêmes au mépris de la volonté des individus. Spectateur plus qu'acteur, la tristesse et l'inquiétude tirent les traits de l'acteur offrant une prestation aussi sobre que réussie. La fin se conclut sur un crépuscule grandiose, alors que le train file vers la Hongrie pour une brève permission après huit mois (!) de service, signe que la Hongrie, à cette époque largement équipée par les Allemands, râcle bel et bien ses fonds de tiroir. Crépuscule de cette Europe qui, s'étant laissée entraîner dans cette aventure sanguinaire, devra payer le prix fort pour ses crimes ?
Le crime est à l'affût. Il te convoite.