Nausicaä de la vallée du vent
7.9
Nausicaä de la vallée du vent

Long-métrage d'animation de Hayao Miyazaki (1984)

Ma porte d'entrée dans l'univers de Hayao Miyazaki

Nausicaä de la Vallée du Vent est, pour moi, le film qui a révélé ma passion pour le cinéma d'animation japonais. Je l’ai découvert en 2004, en version originale sous-titrée, à une période où l’animation japonaise sérieuse était encore peu accessible en France. Et j'ai pris une claque. Je suis tombé amoureux. Je suis tombé amoureux d'un style, d'une manière de raconter des histoires sans manichéisme, je suis tombé amoureux d'une langue, le japonais. Bref, pour moi et en 2004, ce fut un choc.


Hier soir, France 4 a eu la brillante idée de rediffuser ce film que je n'avais pas vu depuis 20 ans et, après avoir revu certains des plus grands chefs d'œuvre de l'animation japonaise en cette fin d'année 2025, j'ai revu Nausicaä de la vallée du vent et j'ai presque été déçu.


Je savais que je ne revivrai pas le grand frisson de la première fois mais je n'ai pas été déçu par Princesse Mononoke, le château dans le ciel ou le château ambulant que j'ai découvert entre 2004 et 2006...


Les éléments qui m'ont fait aimer ce film sont toujours là. La Fukai, cette forêt toxique grouillante d’insectes géants, est un écosystème visuellement fascinant, à la fois terrifiant et magnifique. Les séquences aériennes de Nausicaä, portées par la musique envoûtante de Joe Hisaishi, conservent leur grâce hypnotique. Nausicaä elle-même demeure une héroïne exceptionnelle : empathique, courageuse, refusant la violence même dans l’adversité. Le message écologique – coexister avec la nature plutôt que chercher à la soumettre – était prophétique en 1984 et n’a rien perdu de son urgence (au contraire, ce film n'a jamais été autant d'actualité).


Pourtant, au revisionnage, les limites apparaissent plus nettement, surtout à la lumière des films qui ont suivi.

Le scénario, adaptation condensée du manga, avance parfois trop vite : les conflits entre royaumes s’enchaînent, et plusieurs personnages secondaires (notamment chez les Tolmèques et les Pejite) restent sous-développés. La résolution prophétique, avec son côté « élue » qui apaise miraculeusement la colère des Ômus, semble aujourd’hui abrupte et un peu trop optimiste, presque naïve.


Ce qui frappe surtout, c’est que Miyazaki lui-même semble avoir perçu ces faiblesses. Il a d’ailleurs exprimé une forme d’insatisfaction envers cette fin trop classique et miraculeuse. Treize ans plus tard, avec Princesse Mononoké, il reprend exactement les mêmes grands thèmes – le choc entre civilisation humaine et nature, la guerre, la technologie destructrice, l’impossibilité de désigner un « méchant » absolu – mais les traite de manière bien plus mature et nuancée. Plus de prophétie salvatrice, plus de solution miracle : la cohabitation reste fragile, douloureuse, sans happy end simpliste. Mononoké donne l’impression d’être la version « corrigée » et approfondie de Nausicaä, comme si Miyazaki avait voulu reprendre son histoire pour lui offrir la complexité et l’ambiguïté qu’il jugeait manquantes la première fois (et qu’il avait déjà explorées dans la suite du manga, achevé en 1994).


Ainsi, Nausicaä reste une œuvre fondatrice, un prototype brillant qui contient déjà tout l’ADN du futur Ghibli : écologie, pacifisme, héroïnes fortes, émerveillement. Il garde une immense valeur affective et historique, surtout que ce film a été pour moi une porte d’entrée dans cet univers. Mais confronté à la maîtrise et à la profondeur de Princesse Mononoké, il révèle aussi ses maladresses de jeunesse.


Pour moi, Nausicaä de la vallée du vent est un grand film imparfait mais absolument indispensable à voir si l'on veut mesurer l'étendue des talents et des progrès de Hayao Miyazaki. J'en viens à espérer, comme l'écrit très justement Japonirisme dans sa critique du film, que les studio Ghibli offriront une mise à niveau de cette œuvre en lui offrant le temps de développer son univers, ses personnages, ses intrigues quitte à faire de ce film le premier d'une série de films. Ce travail me semble plus important encore que ce film est sorti alors que le manga qu'il adapte n'était pas achevé à l'époque où il est sorti.

Créée

le 3 janv. 2026

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Lucas Gdn

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