Il faut bien avouer que les histoires de femmes battues, ça n'est pas mon sujet préféré au cinéma ou dans la vie. Parce que dès la première phrase, j'ai juste envie de casser un rouleau à pâtisserie sur la tête du délinquant, qui me semble manquer absolument de tout ce qui peut constituer un être humain. Mais voilà un film que j'ai vu et revu, par la grâce narratrice d'Iciar Bollain, qui connaît son affaire et arrive à décortiquer de manière compréhensible l'incompréhensible attachement qui lie la victime à son bourreau. Je compatis à la première confrontation à une violence insoupçonnable, mais, dès la seconde, l'Ellen Ripley en moi saute sur le râtelier pour dégommer le xénomorphe. C'est simpliste et conditionné, je sais, mais la soumission interminable des épouses opprimées dépasse mon entendement. Et pourtant, voilà, dans cette histoire, la douce Pilar apparaît pour ce qu'elle est : une épouse aimante, qui donnerait n'importe quoi pour voir l'homme qu'elle aime ressurgir de l'enveloppe de Néandertalien dans laquelle elle le croit enfermé. Parce qu'elle connaît l'autre facette du monstre, celle qu'elle ne perd jamais l'espoir de voir triompher. D'autant que le mari atrabilaire voit désormais un psy, en compagnie de gens bien plus brutaux et mauvais joueurs que lui. Peut-être qu'elle a une chance de retrouver le doux jeune homme qu'elle a épousé, après tout... Alors elle a envie de lui donner l'occasion de revenir à la raison. L'histoire connaîtra-t-elle un dénouement aussi optimiste qu'elle ? Tout va dépendre de la liberté que l'adulte rageur laissera à l'enfant désemparé qui sommeille en lui. Et de sa perméabilité au machisme ambiant dans cette Espagne des années 2000 où la violence de genre avait encore de beaux jours devant elle. L'oppresseur peut revêtir bien des visages : le vieux con franquiste, conservateur et plein de morgue, le jeune loup débordant de testostérone et d'agressivité, mais aussi Antonio, accessible à la tendresse parfois et dévoré par son complexe d'infériorité familial souvent. C'est toute la force de ce film que de rendre presque sympathique par moment ce type qui pressent qu'il pourrait s'en sortir par un travail de fond, à travers l'écriture notamment, et donc une certaine forme d'introspection. Il sait visiblement qu'il se compromet gravement, à céder ainsi à la violence. Mais saura-t-il mater le dragon qui sommeille en lui et qu'un rien peut réveiller ? Iciar Bollain a la finesse de nous laisser mariner aux côtés de Pilar, à travers un quotidien qui n'a rien de spécial, sans aspérités particulières, mais où tout est susceptible de déclencher la rage d'un pauvre type égaré. Jusqu'où l'épouse supportera-t-elle d'encaisser toute cette terreur ? Comment ses proches vont-ils pouvoir lui tendre la main quand elle entoure son martyre d'un secret épais ? Comment se libère-t-on vraiment de ces souffrances qu'on aime tant ? Hein ? Eh bien la fin de cette histoire pourrait vous proposer une piste, laissez-vous guider...

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le 23 févr. 2026

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